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L’histoire du Triadou (4/5)

dimanche 25 mars 2012 , par Euzet Jean-Claude , Commenter

  4/ Les habitants du Triadou au 17ème siècle.

  a) Le registre paroissial

Une première approche peut se faire avec une étude exhaustive du registre paroissial tenu entre juin 1665 et avril 1684. On reprend donc ici ce registre avec ses renseignements principaux et en faisant quelques observations :

Année 1665 :

  • le 15 juin, mariage de Fulcrand JEAN (fils de Jean JEAN, de Guzargues) et Estienne PLANIOLE (fille de Marcelin PLANIOL, du Triadou) ; "les témoins connus et dignes de foi" sont Jacques EUZET et Jean EUZET, "tous deux fils de Jean EUZET", du Triadou ; Affrique JUGLA signe ; dans l’acte, il précise qu’il est "curé de cette église paroissiale du lieu du Triadou" ; [Observations : en marge de l’acte le nom de la mariée est PLAIGNIOLE, alors que la graphie est PLANIOL(E) dans le corps de l’acte ; la forme de ce patronyme va continuellement varier dans la suite des actes ; Affrique JUGLA n’indiquera jamais qu’il est prieur, contrairement à ses successeurs ; comme d’autres archives indiquent un certain HOUY comme prieur en 1666, on peut penser qu’il y avait à cette époque un prieur et un curé, ce qui est surprenant ; vingt ans plus tard, en janvier 1685, le prieur indiquera que le revenu du prieuré est chargé de cent livres de pension à payer à "mr HOUY prêtre"]

Année 1666 :

Aucun acte.

Année 1667 :

  • le 20 avril, baptême de Jeanne (écrit Jane dans l’acte et Jeane, en marge) COULONDRES (fille de Jean et de Catherine HIERE) ; le parrain : Jean AZEMAR ; la marraine : Jeanne DOUMERGUE ; Affrique JUGLA signe et se nomme : "prêtre et curé de l’église du Triadou" ; [Observations : l’acte n’indique pas si les parents sont du Triadou ou d’ailleurs et résidents dans cette commune, comme c’est souvent signalé dans d’autres actes]
  • le 17 octobre, décès de Gratie de LATOUR, femme de Gabriel VINCENS ; elle est enterrée dans le cimetière ; Affrique JUGLA signe en ajoutant "prêtre" après son nom ; [Observations : le patronyme de Gratie (Gracie) est avec le "de" initial, aussi bien dans l’acte qu’en marge, sans que l’on puisse vraiment dire si le "de" est séparé de "Latour" ; on trouvera ailleurs d’autres graphies où le "de" a disparu et d’autres où le "de" est nettement accolé à "Latour"]

Année 1668 :

  • le 10 avril, mariage de Jean PLAGNIOL (PLAIGNIOL en marge) (fils de Marcelin, du Triadou) et Izabeau TIOCHE (fille de Guillaume TIOCH, "habitant de Saint Mathieu, paroisse de Saint Martin de Trevies" ; les témoins connus et dignes de foi sont Jean EUZET et Affrique JUGLA ; ce dernier est indiqué comme curé dans le texte et il signe en ajoutant prêtre après son nom.
  • le 22 octobre, baptême de Jean EUZET [fils de Jacques et de Marguerite GEILLE (GELY), mariés de la présente paroisse], né le jour de Saint Luc ; le parrain est Jean EUZET de la paroisse du Triadou ; la marraine est Agne (Anne) GEILLE (GELY), mariés dans la paroisse de Nizas ; Affrique JUGLA signe Aff JUGLA prêtre.
  • le 17 novembre, décès de Jacques LATOUR (écrit aussi LATOUR, en marge), du Triadou, âgé de 65 ans ou environ ; enterré dans le cimetière ; signature d’Affrique JUGLA prêtre.

Année 1669 :

  • le 1er septembre, baptême de Marcelin (écrit Marcellin, en marge) PLAGNIOL (fils de Jean et d’Izabeau TIOCHE), mariés au Triadou ; l’enfant est né "le jour de la décolation de Saint Jean Baptiste" ; Affrique JUGLA se nomme ainsi : "curé de cette églize Saint Sabastien de Cassagnas du lieu du Triadou" et il signe Affrique JUGLA prêtre ; le parrain est Marcelin PLAGNIOL, du Triadou, et la marraine, Anthoinete JEAN (écrit JANE), marié dans la paroisse de Saint Mathieu.

Année 1670 :

  • le 1er février, baptême de Affrique, né le jour de Saint Ignace, au Triadou [fils de Madon (Madelaine ?)] MARCELINE, de la paroisse de la Bouisiere (La Boissière ?) ; le parrain est Pierre JUGLA, habitant du lieu de Saint-Affrique ; la marraine est Marguerite GEILLE (GELY), mariée dans ladite paroisse de Triadou ; Affrique JUGLA est dit "prêtre et curé de cette église Saint Sébastien de Cassanias dit le Triadou" ; il signe Affrique JUGLA prêtre. [Observations : dans le dossier des censives du Triadou, le patronyme de Marguerite GELY, femme de Jacques EUZET, est souvent écrit GEILLE]
  • le "jour et fête de la Pentecôte", baptême d’Yves de MONTEREAUT (fils de noble Etienne et d’Izabeau de MICHEL), "de la paroisse de Chatilion sur Loing" (Châtillon-Coligny, dans le Loiret, appelé Châtillon-sur-Loing, avant 1896) ; le parrain est Yves de MICHEL ; la marraine est Anne de MICHEL, du Triadou ; mêmes mentions pour Affrique JUGLA ; [observations : en ce qui concerne les de MICHEL, ils sont alliés aux d’AUZEMAR du Triadou (Anne est mariée avec Jean d’AUZEMAR) et aux de SAPPORTA (Yves est marié avec Anne de SAPPORTA]
  • le 31 décembre, décès de Jean AUZET (écrit EUZET, en marge), procureur juridictionnel dans la val de Montferrand, du Triadou ; àgé de ? (laissé en blanc) ; "le corps duquel a été enterré le jour de la circoncision dans le cimetière de ladite paroisse" ; signé : Affrique JUGLA prêtre ; [Observations : c’est le dernier acte fait par Affrique JUGLA mais on le retrouve plus loin, en 1672, prêtre et vicaire de Saint-Jean-de-Cuculles]

Année 1671 :

Aucun acte.

Année 1672 :

  • le 25 juin, prise de fonction de curé de la paroisse du Triadou, de Jean Louis PALHASSY, prêtre pastor de Monsieur de RANCHIN, vicaire général et official de Monseigneur de Montpellier".
  • le 5 juillet, décès de Georgette de BANDINEL, âgée de 79 ans ou environ, "ensevelie dans l’église" ; présent PLAGNIOL (qui signe PLAIGNIOL), du Triadou et Jean BAZALGETE (qui signe J BAZALGETTE), "prêtre et chapelain des Matelles" ; le curé signe : PALHASSY prêtre et curé ; [Observations : c’est le premier acte où l’on voit un laïc, PLAIGNIOL, signer avec les prêtres ; Georgette de BANDINEL est la veuve d’Etienne AUZEMAR, comme on le voit dans le compoix de Saint Mathieu, de Montpellier, pour l’année 1614 : "Georgette de BLANDINEL veuve d’Etienne AUZEMAR (1657), docteur et avocat, sgr du Triadou, fils de Jean, lieutenant des cours royales de Montpellier" (f° 451) ; dans le même compoix, il y a aussi un article pour "Jean AUZEMAR, docteur et avocat, sgr du Triadou" (f° 407) ; l’abréviation "sgr" veut dire "seigneur" mais dans les autres actes, l’abréviation courante est "sr", c’est-à-dire "sieur", mot que l’on trouve aussi en toutes lettres, à la suite du patronyme, en particulier dans les minutes notariales.]
  • le 4 septembre, baptême de Guilhaume PLAGNOL (écrit PLAGNIOL, en marge) (fils de Jean et d’Elizabet THYOCHE (TIOCH), mariés au Triadou ; le parrain est Guilhaume THYOCH (TIOCH), habitant de Montpellier ; la marraine est Gratie PLAGNOLE, de Saint Mathieu ; présents : Pierre JUGLA, "résident à Saint Jean de Cuculles", Jean PLAGNHOL, du Triadou, Bertrand GREGOIRE, de Saint Jean de Cuculles ; tous signent, PALHASSY indiquant qu’il est prêtre et curé ; [Observations : bien que l’on retrouve dans les présents un Jean PLAGNOL, la signature est différente de celle de l’acte précédent : ici c’est une signature plus simple et moins élaborée, c’est manifestement un homonyme du Triadou qui explique, peut-être la graphie différente ; il n’y a, d’ailleurs qu’une seule signature PLAGNIOL qui est, probablement, celle du père]
  • le 2 octobre, baptême d’Anthoinete (écrit Anthoinette, en marge) DAUMASSE (DAUMAS), âgée de 5 jours (fille de Fulcrand DAUMAS et de Louize GREGOIRE, "residens en la presente paroisse du Triadou") ; le parrain est Guiraud GREGOIRE, de Saint Jean de Cuculles ; la marraine est Anthoinete DAUMASSE, des Cazarelz ; sont présents : Jacques EUZET, du Triadou, Bertrand GREGOIRE de Saint Jean de Cuculles et d’André VEZIAN, de Saint Jean de Cuculles ; ils signent tous ; PALHASSY fait suivre son nom de "curé" ; [Observations : l’emploi du terme "résident" au lieu d’"habitant" n’est pas neutre : cela veut dire que ces DAUMAS ne sont pas originaires du Triadou ; ils sont probablement de Saint-Jean-de-Cuculles, compte tenu de la parenté ; la graphie employée (DAUMAS) remplace celle que l’on trouve au 16ème siècle (DELMAS), que l’on voit si souvent, par exemple, dans les actes du notaire GARNIER (des Matelles) pour Saint-Jean-de-Cuculles, justement]
  • le 20 novembre, mariage de Jean CAUPERT (fils de Jacques et de Marguerite VIEILHE, mariés au lieu de Saint Mathieu) et de Marie PLAIGNHOLE [fille de Marcellin PLAIGNOL et de Jeanne (écrit Jeane) PERTRACHE (PERTRACH), mariés au Triadou] ; sont présents : noble Jean DAZEMAR, sr du Triadou, Jacques EUZET, procureur juridictionnel du Triadou [Observations : il est écrit exactement : "de noble Jean DAZEMAR sr du Triadou et de sr Jacques EUZET procur juridictionnel dud Triadou" ; dans les deux cas, l’abréviation "sr" est surmontée d’un tilde qui signifie que c’est une abréviation mais pour AZEMAR elle est placée après le nom et pour Jacques EUZET, avant ; à noter aussi que si AZEMAR est écrit DAZEMAR dans l’acte, il signe AUZEMAR ; en marge il est simplement indiqué : "mariage de Marie PLAIGNHOLE", c’est-à-dire que l’on ne signale à l’attention que la personne originaire du Triadou]
  • le 19 novembre, naissance et baptême de Claude EUZET [fils de Jacques et de Marguerite GELY(E), du Triadou] ; il est précisé que ce jour-là : "est né un enfant, lequel a été deüment baptisé à la maison par moy prêtre et curé, à cause qu’il estoit en danger de mort" ; et, plus loin : "et le sixième de décembre dudit an, l’enfant cy dessus nommé a esté porté à l’église et luy ay fait les cérémonies et prières accoustumées et luy ay donné le nom de Claude" ; le parrain est Claude GELY, prêtre et vicaire de Saint Martin de Londres ; la marraine est Elisabet EUZETTE (EUZET) du lieu de Viol ; sont présents : Affrique JUGLA (prêtre et vicaire de Saint Jean de Cuculles), Louis POUJOL (prêtre servant la paroisse de Saint Mathieu), Jacques GUIBERT (prêtre servant l’église de Canet, diocèse de Beziers), Pierre GAZAN (curé de Prades), Jacques EUZET (père de l’enfant) ; ils signent tous ; PALHASSY indique "prêtre et curé", après son nom. [Observations : la présence de tous ces prêtres est le signe évident du côté très catholique de cette famille et aussi que la crainte de perdre l’enfant impliquait de rassembler le maximum de saintes personnes pour favoriser la vie future du baptisé et remercier Dieu]

Année 1673 :

  • le 16 mars, baptêmes de Jean et Marguerite PLAIGNHOL (écrit PLAIGNIOL, en marge) (fils et fille de Jean et de Magdeleine ROUZE (ROUX), "frères" (sic), àgés d’un jour ; le parrain de Jean est Jean PLAIGNHOL et la marraine Louize GREGOIRE, "résidens en la présente paroisse", en présence de Jacques EUZET, "procureur juridictionnel de la paroisse" et Marcelin PLAIGNHOL, "habitant du Triadou" ; le parrain de Marguerite est Marcellin PLAIGNHOL et la marraine Marguerite GELIE (GELY), "habitans de la présente paroisse, en présence de Jacques EUZET et de Jean PLAIGNHOL, "tous habitans du Triadou" ; signatures PLAIGNIOL, EUZET et PALHASSY prêtre et curé ; [Observations : on voit bien ici la différence entre les "habitants" qui sont originaires du Triadou et les "résidents" qui ne le sont pas]
  • le 21 mars, décès de Jean PLAIGNHOL (fils de Jean et de Magdeleine ROUZE), âgé de 7 jours ; enseveli dans le cimetière ; présents : Anthoine PALHASSY et Jacques DUR (de Saint Guilhem le désert) qui signent ; Jean Louis PALHASSY signe prêtre et curé.
  • le 28 mars, décès de Marguerite PLAIGNHOLE (fille de Jean et de Magdeleine ROUZE ), âgée de 13 jours ; ensevelie dans le cimetière ; présents : Anthoine PALHASSY (de Compeyre) et Jacques DUR (de Saint Guilhem le désert) qui signent ; Jean Louis PALHASSY signe prêtre et curé.

Année 1674 :

  • le 25 juin, décès de Yves MICHEL, âgé de 85 ans ou environ, enterré le même jour dans l’église ; présents : Anthoine PALHASSY (de Compeyre en Rouergue, diocèse de Rodez) et Jean PLAIGNIOL, du Triadou ; signatures PLAIGNIOL, PALHASSY et PALHASSY "prieur" ; [Observations : c’est le premier acte où Jean Louis PALHASSY signe en faisant suivre son nom de "prieur" et non de "prêtre et curé", exactement comme si la fonction de prieur ne lui avait été octroyée qu’en 1674 ; ici le patronyme MICHEL n’est pas précédé par "de", comme dans l’acte de 1670 mais il est écrit sr. Yves MICHEL (en marge) et mr Yves MICHEL dans l’acte , signes de la qualité reconnue du personnage]
  • le 11 juillet, décès de Thoinete DAUMASSE (fille de Fulcrand DAUMAS et de Louise GREGOIRE, "mariés du mas des Cazarelz, paroisse de Saint Jean de Couculles, à présent résidans pour rentiers dans la présente paroisse du Triadou"), àgée de 10 mois ou environ ; enterrée dans le cimetière du Triadou ; présents Anthoine PALHASSY et Jean PLAIGNIOL du Triadou qui signent ; Jean Louis PALHASSY signe : "PALHASSY prieur".
  • le 7 novembre, baptême d’Elizabeth LATOUR (fille de Bertrand et de Françoise FABRE, mariés, habitants du Triadou) ; âgée de 8 jours ; le parrain est Jean LATOUR (habitant d’Anduze) ; la marraine est Elizabeth FABRE (mariés habitant d’Alès au diocèse de Nîmes) ; en présence de Jean PLAIGNIOL, du Triadou, , d’Anthoine PALHASSY, de Compeire, diocèse de Rodez ; signatures de PLAIGNIOL, Anthoine PALLASSY et PALHASSY prieur ; [Observations : le "s" de "mariés" pour Elisabeth FABRE veut certainement dire qu’elle est mariée avec le parrain, Jean LATOUR mais celui-ci est dit habitant "Anduze" alors qu’Elisabeth FABRE est dite habitant "Alès" avec son mari : il y a une erreur quelque part (ou alors, ce n’est pas un s mais une rature et cela voudrait dire qu’elle est mariée mais sans indication du nom du mari, ce qui est peu probable) ; quoiqu’il en soit, c’est le signe d’un début de disparition des LATOUR du Triadou, alors que c’est une des plus anciennes familles du lieu, copropriétaire du mas du Triadou]
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Le baptême d’Elisabeth LATOUR

Année 1675 :

  • le 27 janvier, décès d’Honoré PASTOREL [fils de François et d’Yzabeaux CHALIERE (CHALIER), mariés, habitant "Verrières en Rouergue, dioceze de Rodes" (Rodez)], chirurgien âgé de 18 ans, dans la maison claustrale du Triadou ; "ensevely le lendemain dans lesglise dudit Triadou" ; en présence d’Anthoine et d’Etienne PALHASSY, frères, de la ville de Compeyre en Rouergue et Jean PLAIGNIOL du Triadou ; il y a 3 signatures PALHASSY dont celle du prieur ; [Observations : Verrières est très proche de Compeyre dans le département de l’Aveyron, ce qui explique certainement la présence de la "tribu" PALHASSY à l’enterrement ; à noter que ce dernier a eu lieu dans l’église, ce qui n’était pas le lot de tout le monde]
  • le 28 avril, baptême de Marie DAUMASSE (fille de Fulcrand DAUMAS et de Louise GREGOIRE, "mariés, residens pour rantiers dans la présente paroisse" ; le parrain est Bertrand GREGOIRE, son oncle, habitant Saint-Jean-de-Cuculles ; la marraine est Marie DAUMASSE, sa tante, du lieu des Cazarelz, paroisse de Saint-Jean-de-Cuculles ; en présence de Jean PLAIGNIOL, du Triadou et d’Anthoine PALHASSY, clerc ; signature de PALHASSY, PALHASSY prieur et PLAIGNIOL ; [Observations : au fil des actes, on trouve d’autres membres de la famille PALHASSY qui semblent avoir suivi le prieur du Triadou ; dans cet acte, on voit même que l’un d’eux est clerc de l’église du Triadou]
  • le 20 octobre, baptême d’Estienne PLAIGNIOLE (fille de Jean PLAIGNIOL et d’Yzabeau TIOCHE, mariés au Triadou) ; le parrain est Jean TIOCH, habitant de Saint Mathieu ; la marraine est Estienne PLAIGNIOLE, de la paroisse de Guzargues ; en présence de Jean ARNAUD (de Saint Jean de Couculles), d’Anthoine PALHASSY, clerc du Triadou, "signé par mr Affrique JUGLA, vicaire perpétuel de Saint Jean de Couculles en mon absence et à la prière et réquisition par moy à luy faite" ; [Observations : à noter dans tous ces actes la graphie de Cuculles qui s’écrit Couculles]

Année 1676 :

  • le 5 août, abjuration de l’hérésie de David NOUGALHAC [fils de Jean et de Suzanne ICARDE (ICARD), mariés et habitants de Mauguio], natif du lieu de Mauguio (cette mention est barrée dans l’acte), diocèse de Montpellier, "à présent habitant de Montpellier, àgé de 30 ans, a fait abjuration de la religion prétendüe et réformée dans l’église de la présente paroisse du Triadou et l’ay reçu au giron de l’église catholique apostolique et romaine, avec la permission de mr de RANCHIN, vicaire général, après l’avoir instruit pendant quelque temps, en présence de sr Christofle de PUTEAU dit de LA GARDE (il signe LAGARDE), habitant de Montpellier, de Adam PALHASSY , chirurgien de la ville de Compeyre en Rouergue, diocèse de Rodez, de Jacques EUZET, habitant dudit Triadou et de Marcellin PLAIGNOL, aussi habitant dudit Triadou qui n’a seu signer ni ledit NOUGAILHAC" ; signatures PAILHASSY, LAGARDE et PALHASSY prieur ; [Observations : Compeyre est, aujourd’hui, dans le département de l’Aveyron]

Année 1677 :

  • le 4 avril, baptême et décès d’un enfant (fils de François NEGRÉ et de Jeanne CHAFAU, mariés, "du lieu de Chasau, paroisse de Chanareilhe, diocese de Mende, habitant à présent dans la présente paroisse du Triadou" ; àgé de deux jours, "baptisé dans la maison en necessité" ; enterré dans le cimetière ; en présence de Jean PLAIGNIOL du Triadou et Jean ARNAUD de Saint-Jean-de-Cuculles ; signatures PLAIGNIOL, ARNAUD et "VALERE curé de Saint Jean de Coculles" ; [Observations : Cuculles est écrit Couculles par ARNAUD et Coculles par VALERE ; Chanareilhe est, peut-être Chanaleilles qui se trouve, aujourd’hui, en Haute Loire (43)]
  • le 10 avril, décès d’Anthoine NEGRÉ ("fils dessus nommé"), âgé de 12 ans ; enterré dans le cimetière ; en présence de Jean ARNAUD de Saint-Jean-de-Cuculles, habitant le Triadou et de Jean PLAIGNIOL ; en l’absence du prieur du Triadou, c’est VALERE qui officie et qui signe VALERE curé, plus les signatures PLAIGNIOL et ARNAUD ; [Observations : la mention de filiation renvoie certainement à l’acte précédent]
  • le 12 novembre, décès de Claude GUEISSIER du lieu et paroisse de "Guanrieu, dioceze de Mande", àgé de 60 ans ou environ ; enterré dans le cimetière ; en présence de François TRIADOU de la ville de Compeyre en Rouergue et d’Anthoine PALHASSY, clerc ; signatures F TRIADOU, A PALHASSY, PALHASSY prieur ; [Observations : Guanrieu est, peut-être, Grandrieu qui est, aujourd’hui, en Lozère (48) ; il est surprenant de retrouver ici le patronyme Triadou mais c’est probablement lié au rôle même de ces bergers qui a donné son nom à la commune]

Année 1678 :

  • le 28 août, décès de Jacques EUZET, procureur juridictionnel, du Triadou, âgé de 46 ans environ ; enterré dans le cimetière ; en présence de Jean PLAIGNIOL, du Triadou et de Jean ARNAUD, de Saint-Jean-de-Cuculles ; signatures ARNAUD, PLAIGNIOL, PALHASSY prieur.

Année 1679 :

  • le 10 janvier, mariage de Jean JEAN [fils de Pierre JEAN et d’Anthoinette PERASSE (PERAS), du lieu de Saint Mathieu] et Yzabeaux (Elizabet, en marge) PLAIGNIOLE (PLAGNIOLE, en marge) [fille de Marcellin PLAIGNIOL et de Jeanne PERTRACHE (PERTRACH), du Triadou], "confessés et communiés après la publication de deux annonces, dispensés de la troisième annonce" ; en présence de Anthoine PERAS, de mr Balthazar CLERIS, chirurgien (à la suite, il y a "de Saint Mathieu", mention qui est barrée) et de Blaize ALLEGRE, de Saint Mathieu ; signatures : PALHASSY prieur (dans l’acte, il se définit comme prêtre et prieur), ALLEGRE, B CLERY, PERAS, PEIRRAS (pas de signature JEAN).

Année 1680 :

  • le 30 avril, décès de Françoize AUZEMAR, âgée de 70 ans ou environ, du Triadou, enterrée dans l’église ; en présence de Denis ESPINAS, "vicaire de Saint Jean de Couculles" et de Jean BAZALGETTE, "prêtre et chapelain des Matelles" ; signatures BAZALGETTE, PALHASSY prieur, ESPINAS prêtre et vicaire.
  • le 9 octobre, baptême de Jeane (Jeanne) PIFFARDE [fille de Daniel de PIFFARD, "du lieu de La Roche, près Dambrun, lieutenant dans la compagnie du sr de RIGNHAC, dans le régiment de Navarre, à présent dans la garnison d antibes" et de Jeane ROUSSELLE (ROUSSEL) du lieu de Mauguio dans le diocèse de Montpellier, "fiancés au rapport de ladite ROUSSELLE"] ; le parrain est Jean EUZET, du Triadou ; la marraine est Jeane COLONDRES (fille de mr René COLONDRES "rantier de la grange du pin, paroisse Saint Sauveur du Pin" ; en présence de Jean Jacques DUR, de Saint Guilhem le désert et d’Anthoine PALHASSY, de la ville de Compeyre en Rouergue ; signatures DUR, A PALHASSY et PALHASSY prieur (pas de signature EUZET) ; [Observations : il est possible que le patronyme PIFFARD soit, en réalité, PISSARD]

Année 1681 :

Aucun acte.

Année 1682 :

Aucun acte.

Année 1683 :

  • le 15 avril, décès de Jean AUZEMAR (fils de sr Jean AUZEMAR et de Anne MICHELLE (MICHEL), du Triadou) ; enterré le lendemain ("jour de vendredi saint") dans l’église ; en présence de Jean PLAIGNIOL et de Jean EUZET (qui signe avec PALHASSY prieur) ; [Observations : après la signature de Jean EUZET, il est écrit qu’il ne prend aucun compte sur la fonction, certainement pour signifier qu’il est totalement bénévole]

Année 1684 :

  • le 28 avril, décès d’Anne de SAPPORTA, veuve de sr Yves MICHEL, du Triadou, âgée de 85 ans ou environ ; enterrée le même jour dans l’église ; en présence de Denis ESPINAS, vicaire perpétuel de Saint-Jean-de-Cuculles et de Jean BAZALGETTE, chapelain des Matelles ; signatures BAZALGETTE, ESPINAS prêtre, PALHASSY prieur ; [Observations : c’est le dernier acte de ce registre]

L’extrait de ce registre a été donné au secrétaire de l’évêque par le prieur PALHASSY, ce secrétaire l’ayant signé à l’occasion de la visite de l’évêque au Triadou, le 28 janvier 1685.

Analyse de la période 1665-1684 :

Sur ces 19 ans, entre 1665 et 1684, on peut faire un certain nombre de constatations :

  • 5 années n’ont aucun acte de baptême, mariage ou décès (1666, 1671, 1676, 1681, 1682), sous la réserve de l’acte d’abjuration de l’année 1676.
  • 6 années n’ont qu’un seul acte (1 mariage en 1665, 1 baptême en 1669, 1 décès en 1678, 1 mariage en 1679, 1 décès en 1683, 1 décès en 1684.
  • le total des baptêmes est de 15.
  • le total des décès est de 16.
  • le total des mariages est de 4.
  • Si l’on distingue entre les actes de personnes originaires du Triadou des actes relatifs à des personnes d’autres origines, on a :
  • 9 baptêmes, 11 décès et 4 mariages pour les originaires du Triadou (pour les mariés, quand au moins l’un des deux, mari ou femme d’un couple est du Triadou)
  • 5 baptêmes et 5 décès pour les personnes originaires d’ailleurs.
  • 1 baptême (COULONDRES) dont l’origine est indéterminée mais que l’on peut, logiquement, ranger du côté des familles venues d’ailleurs (compte tenu de l’absence d’actes les concernant dans les minutiers notariaux) ; dans ce cas, cela porte le nombre de baptêmes à 6 pour les personnes venues d’ailleurs.
  • A propos de ces "étrangers", on peut encore distinguer entre ceux qui sont des communes voisines (Saint-Jean-de-Cuculles et Saint-Mathieu-de-Tréviers) de ceux qui viennent de plus loin, du diocèse de Rodez ou de celui de Mende. Manifestement, on a là le cas de bergers venus chercher du travail dans la val de Montferrand (encore que les actes n’indiquent aucun métier, à part le cas d’un militaire et de deux chirurgiens).
  • Il faut mettre à part les personnes qui sont, en quelque sorte, dans la mouvance du curé ou du prieur. Dans cette période, on a le curé Affrique JUGLA, manifestement originaire de Saint-Affrique, en Aveyron aujourd’hui. D’ailleurs, le 1er février 1670, le parrain d’un enfant naturel est Pierre JUGLA qui habite à Saint-Affrique et l’enfant en question est nommé Affrique. Même phénomène mais en plus grand avec le curé puis prieur Jean Louis PALHASSY qui draine avec lui sa famille originaire de Compeyre en Rouergue, dans l’Aveyron d’aujourd’hui. Antoine qui devient clerc au Triadou, Etienne son frère et encore Adam, chirurgien à Compeyre. La "tribu" des PALHASSY se retrouve, le 27 janvier 1675, pour le décès d’Honoré PASTOREL, jeune chirurgien à Verrieres en Rouergue (près de Compeyre). Il y a, manifestement, le double intérêt du métier (la chirurgie) et de la géographie (le Rouergue).
  • Du côté des habitants originaires du Triadou, on ne trouve que 5 patronymes : PLANIOL (avec ses multiples graphies), EUZET, LATOUR (ou DELATOUR), AZEMAR (ou, plutôt, AUZEMAR) et MICHEL (ou de MICHEL). C’est bien peu et c’est le signe que le Triadou est une très petite commune qui va longtemps garder ce caractère puisqu’au recensement de 1836, 150 ans plus tard, il n’y avait encore que 67 habitants.

A ce registre du 17ème siècle, il faut encore ajouter un extrait du registre suivant pour seulement l’année 1692 et qui ne concerne que des résidents :


Année 1692 :

  • le 6 février, baptême d’une fille "à laquelle on n’a pas donné de nom", fille de Jean SALATGIER et de Gracie VALENTINE (VALENTIN), mariés, "résidents dans la présente paroisse du Triadou depuis huit mois ou environ" ; le baptême a eu lieu dans la maison des parents, la fille étant en danger de mort et âgée de quatre jours ; on lui a "administré les cérémonies du baptême pour n’avoir pas été en état d’être portée à l’église, ayant été malade pendant le temps qu’elle a vécu" ; fait par le prieur PALHASSI.
  • le 14 février, décès de ladite fille SALATGIERE, àgée de douze jours ; enterrée dans le cimetière ; PALHASSI prieur.
  • le 26 octobre, baptême de Jean POIGNHET (écrit POIGNET en marge de l’acte), âgé de huit jours, fils de Louis POIGNHET, demeurant pour berger au château de Rastinclières (Restinclières), et de Delphine BOSSE, mariés, "demeurant à présent dans la présente paroisse du Triadou" ; le parrain est Jean EUZET, du Triadou ; la marraine est Jeane PERTRACHE (PERTRACH), de Molière Nègre ; présents : Guillaume et Marcellin PLAIGNOL, frères, du Triadou ; soussignés : PLAIGNOL, PLAIGNOL, PALHASSI prieur.

A la suite de cet acte, il est indiqué : Extrait tiré sur l’original par moy Jean Louis PALHASSI prieur dudit Triadou. Signature PALHASSY.

  b) Le compoix de 1684

Une deuxième approche pourrait se faire avec le nouveau compoix de 1684 mais il n’est plus communicable aux Archives départementales de l’Hérault car trop abîmé. Un extrait qui ne concerne que les biens communaux est, cependant, encore visible. Il est joint ci-dessous, en quatre photos. Dans cet extrait, on voit que les confronts des garrigues et devois de la communauté concernent toujours les mêmes noms : Marcellin PLAGNOL, AUZEMAR et les héritiers de Jacques EUZET. Ainsi, les LATOUR et les BERTIN des siècles précédents ont disparu, comme avaient disparu avant eux les TRIADOU et les AGULHON de Montferrier. Bien entendu, il est prématuré de conclure sur ce 17ème siècle car il y a trop de lacunes dans les registres paroissiaux mais il semble que le partage des terres en trois grandes parts était la règle depuis très longtemps.

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Les biens communaux en 1684 (1)
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Les biens communaux en 1684 (2)
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Les biens communaux en 1684 (3)
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Les biens communaux en 1684 (4)

  c) Les tailles de 1694

Une troisième approche est possible avec le relevé des tailles payées au Triadou. Un seul document est conservé mais il est très parlant pour se faire une idée de la situation à la fin du 17ème siècle, puisqu’il s’agit de l’année 1694. Voici les détails de ce relevé :

1/ Jean PLAGNIOL : 262 livres 11 sols 9 deniers
2/ Hoirs (héritiers directs) de Jacques EUZET : 252 livres 12 sols 7 deniers
3/ Marcellin PLAGNIOL : 164 livres 10 sols 9 deniers (c’est Jean PLAGNIOL qui a payé, en trois fois)
4/ M. AUZEMAR, sieur du Triadou : 151 livres 16 sols 9 deniers (le 13.08.1694, par mains de Dominique VIELHE : 142 livres 16 sols 9 deniers ; par mains de Pierre LAURAYRE : 9 livres)
5/ M. de SAINT ROMAND : 120 livres 13 sols 7 deniers (par mains de Pierre PERTRACH, rentier de Montalet)
6/ M. de THOIRAS : 73 livres 7 sols 7 deniers (par mains de Pierre AZEMAR, rentier de Restinclieres)
7/ Jean VINCENT : 24 livres 9 sols 11 deniers
8/ Barthélémy RICARD : 12 livres 9 sols 8 deniers (Jean TIOCH : 2 livres 10 sols ; Barthélémy RICARD : 5 livres 16 sols 6 deniers ; Jacques CALAGES : 4 livres 3 sols 2 deniers)
9/ Bertrand DESFOUR : 8 livres 10 sols 6 deniers (en deux fois)
10/ Michel PERTRACH : 4 livres 16 sols 7 deniers (par mains de dlle DURANTE sa femme)
11/ Bertrand MONTELZ : 4 livres 4 sols 2 deniers
12/ Jean TOURIERE : 11 sols 8 deniers
13/ Les habitants du lieu : 34 livres 2 deniers (Jean PLAGNIOL : 11 livres 6 sols 8 deniers ; Les hoirs d’EUZET : 11 livres 6 sols 8 deniers ; M. AUZEMAR : 11 livres 6 sols 8 deniers)

Le récapitulatif a été dressé par Jean EUZET, greffier consulaire du Triadou, le 30 avril 1694. Le total de 1111 livres 19 sols 7 deniers comprenait 1012 livres 7 sols 5 deniers de tailles proprement dites, 23 livres 17 sols de taillons, 12 livres pour les gages attribués à l’office de greffier consulaire acquis par Jean EUZET, 2 livres 10 sols pour la façon du livre ou fourniture du "papier timbre", à raison de 2 livres pour chaque somme de 1000 livres (arrêt du conseil du 19 mai 1691) et 61 livres 5 sols pour le droit de livre, à raison de 14 deniers "pour livre". En fait, le total général a finalement été de 1114 livres 15 sols 8 deniers, après le calcul de toutes les parcelles

Analyse de cette année 1694 :

Ce qui apparaît d’abord, c’est qu’il y a seulement trois feux dans la paroisse. Celui de Jean PLAGNIOL, celui des héritiers de Jacques EUZET (Marguerite GELY et ses deux fils, Jean et Claude) et celui de Jean AUZEMAR. Cela correspond bien à ce que l’on sait par d’autres sources. Cela confirme aussi la disparition définitive des BERTIN et des LATOUR qui avaient, avec les EUZET, constitué les trois familles du Triadou depuis - au moins - le 15ème siècle. Les quelques actes conservés des registres paroissiaux montrent, d’ailleurs, que les LATOUR habitaient encore le Triadou le 7 novembre 1674, c’est-à-dire à peine vingt ans auparavant (à cette date, baptême d’Elisabeth LATOUR, fille de Bertrand et de Françoise FABRE). Il semble même que Bertrand LATOUR habitait encore au mas du Triadou en 1682, puisque le 28 janvier de cette année, les parties au procès des censives du Triadou font une transaction devant le notaire FAGES, de Montpellier. L’acte indique que "Mr Jean AUZEMAR, docteur et advocat, Jean PLAGNOL fils et donataire contractuel de Marcelin PLAGNOL, Guillaume BRESSON, hoste de ceste ville, faisant pour et au nom de Bertrand LATOUR son beau-frère, et Margueritte GELYE, veuve de feu Jacques EUZET, quand vivoit procureur juridictionnel de la val de Montferrand, faisant l’entier corps des habitants dudit mas du Triadou". Par contre, les BERTIN ont probablement disparu dans la deuxième partie du 16ème siècle (ils sont encore là quand est fait le compoix de la val de Montferrand, dans les années 1550-1554). On constate ensuite que le plus riche est Jean PLAGNIOL qui paye non seulement pour lui la plus grosse contribution mais aussi pour les terres de Marcellin PLAGNIOL, lequel semble donc ne plus habiter au Triadou. En dehors d’AUZEMAR, sieur du Triadou, docteur et avocat de Montpellier, on trouve de SAINT ROMAND et de THOIRAS qui - sous réserve de vérifications - doivent faire partie de ces riches montpelliérains qui investissent dans les campagnes aux alentour de la capitale régionale. Comme les autres propriétaires, beaucoup moins riches, ils n’habitent pas sur place mais sont contribuables, le règlement se faisant par ceux qui cultivent effectivement la terre. Les autres, ce sont donc VINCENT, RICARD DESFOUR, PERTRACH, MONTELS et TOURIERE, ce dernier payant moins d’une livre. Ces petites propriétés peuvent, elles-mêmes, être morcelées (pour RICARD, tout au moins, puisque le paiement s’effectue par trois personnes). Bien entendu, ce classement ne tient pas compte des "biens privilégiés" non soumis à la taille. En 1790, un siècle plus tard, le classement de ces biens privilégiés fera ressortir les propriétaires suivants : le prieur, curé du Triadou, l’évêque de Montpellier, le chapitre cathédral saint Pierre de Montpellier et Jean EUZET.

  d) Les visites paroissiales de l’évêque de Montpellier au Triadou

Une quatrième approche permet de confirmer les constatations précédentes. En effet, les procès-verbaux de visites des paroisses par l’évêque de Montpellier sont conservés à partir de celles de 1632-1633.

La visite de 1632 (le 13 juin)

A cette époque où François CAUSSEL est prieur et où Jean EUZET est procureur juridictionnel en la val de Montferrand, la délégation épiscopale est reçue par ces deux hommes, ainsi que par Marcelin PLAGNIOL (écrit PLAIGNOL), habitants du Triadou. Le compte rendu fait ressortir que le nombre de paroissiens est de "quatorze personnes ou environ a ce compris les valets et bergers" (ce chiffre ne tient donc pas compte des enfants).

C’est Jean EUZET qui indique au représentant de l’évêque que les biens de l’église consistent en une vigne et un jardin et qu’ils ont été allivrés au sieur Jean AZEMAR (en fait, AUZEMAR), lequel n’est pas présent. Il est ordonné que les actes justifiant cet allivrement soient remis. Le même Jean EUZET dit qu’il ne sait pas s’il existe une fondation ou une chapelle (alors que ses ancêtres ont été bénéficiaires des 50 écus, réduits ensuite à 40 écus, par le prieur MARRE, au XVe siècle). Par contre, le prieur François CAUSSEL indique qu’il possède l’extrait d’une fondation "faite par Mr Bringuier MARRE prestre, jadis prieur en ladite eglise, d’une chapelle qu’il a fondée en l’honneur de dieu et de la bien heureuse vierge marie", d’un montant de 50 écus (il n’a donc pas en main le codicille au testament qui réduit cette fondation à 40 écus), pour être mis en rente au profit de ladite chapelle et portant obligation de célébrer une messe par semaine. Le prieur remet ensuite l’extrait de la fondation au représentant de l’évêque.

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Extrait de la déclaration de Jean EUZET le 13.06.1632

Jean EUZET signale que 10 livres sont payées à la chapelle Saint Sauveur, fondée en l’église Notre Dame des Tables, à Montpellier. L’ancien prieur, Jacques BOUGETTE, en était chapelain. Cette somme est actuellement payée au chanoine TRIAL. Il est ordonné que Me TRIAL remette la fondation. La mention de cette chapelle et de la rente qui est versée n’est indiquée que dans ce compte rendu. Elle ne sera plus mentionnée ultérieurement. En tout cas, on voit bien que l’Eglise cherche à mettre de l’ordre après les troubles religieux. Ordre dans ses papiers mais, également, ordre dans les édifices religieux.

En effet, le compte rendu montre que les bâtiments, prieuré et presbytère, sont dans un piteux état (il n’est pas fait mention du cimetière). "La maison claustralle proche ladite eglise" est "ruinée". Quant à l’église, il faut la réparer et "bastir le couvert" (le toit), "enduire et blanchir les murailles" et puis "couvrir le cloistre", acheter deux cloches, l’une "d’un quintal" et l’autre, petite, pour "leslevation" (pendant la messe) ; il faut aussi faire faire "un tableau avec son cadre" et " un ordinaire pour ladministration des sacremans". On voit bien que les lieux n’ont pas été épargnés et qu’il faut tout remettre en état.

Le prieur, lui-même, n’a pour revenus que 50 écus et "deux saumades a bled" qui sont insuffisants pour le nourrir et payer 27 livres de décimes. Il réside à Saint-Jean-de-Cuculles "quy est a un petit quart de lieue". Il sera tenu de venir dire la messe au Triadou une fois par semaine.

La visite de 1666 (le 9 décembre)

Le compte rendu est particulièrement intéressant car il est très précis et il aborde des sujets que l’on ne retrouve pas dans les autres visites. Sont présents, notamment :

  • François HOÜY, prêtre du diocèse de Chartres, âgé de 34 ans ou environ, prieur du bénéfice du Triadou depuis deux ans ou environ ; il est dispensé de résider au Triadou car il est, en même temps, aumonier et secrétaire de l’évêque, cette fonction expliquant le fait que la petite paroisse du Triadou bénéficie, en plus, des services d’un curé.
  • Affrique JUGLA, prêtre du diocèse de Vabres, âgé de 28 ans ou environ, curé de la paroisse depuis un an et demi ou environ ; il assiste le prieur mais il réside à Saint-Jean-de-Cuculles car il n’y a pas de maison claustrale au Triadou (plus précisément, elle est en ruine). C’est pourquoi le prieur demande de la faire reconstruire mais que, cependant (en attendant), les habitants donnent au curé une chambre honnête afin qu’il puisse résider au Triadou. L’ordonnance a suivi cette demande puisqu’elle oblige les habitants à faire "rebastir la maison claustrale et cependant donneront le logement commode et honeste aud. curé".
  • Jean EUZET, procureur juridictionnel de l’évêque, en la val de Montferrand,
  • Jacques LATOUR, habitant du Triadou,
  • Marcelin PLAGNIOL (écrit PLAGNOL), habitant du Triadou,
  • et d’autres habitants de ladite paroisse : curieusement, le seigneur du Triadou, Jean AUZEMAR (écrit toujours AZEMAR dans ce compte rendu) n’est pas indiqué dans la liste des personnes qui accueillent le seigneur évêque. En fait, cette omision s’explique, certainement, par le litige qu’il y avait entre lui et le prieur HOÜY (et, avant lui, le prieur CAUSSEL), comme on le voit dans la minutieuse description du bénéfice du Triadou : "Le colateur du benefice dudit triadou est leveque de Montpellier (...) il est arranté 335 livres tournois qui consistent en dixmes et en une vigne de muscat qui est prez ladite eglise du costé de treviers sans y comprandre la dixme du chateau de restinclieres, pour laquelle le rentier d’icelluy luy paye tous les ans la somme de 50 livres tournois sans prejudice de ce qui luy est deu pour un plus grand droit de dixme quil pretent avoir du costé de Saint Sauveur du pin, et que les charges sont de 50 livres 13 sols et quelques deniers pour les decimes annuelles sans y comprendre lextraordinaire, et dit de plus que le bien de la dominicature [la dominicature était le domaine attaché à la cure, entourant l’église ; il était incessible et non soumis à l’impôt] consiste en une vigne cy dessus mentionnée et en plusieurs autres petites pieces de terre, dont M AZEMAR cy devant seigneur du triadou jouit nonobstant quil ait receu la somme de 40 escus de M françois CAUSSEL cy devant prieur dudit lieu pour le rachapt et recouvrement d’icelles les terres de la dominicature, laquelle somme ledit seigneur AZEMAR avoue avoir receu dans un compte quil a randu" à ses héritiers, lesquels l’ont attesté à François HOÜY. Dans l’ordonnance qui suit la visite, Jean AUZEMAR est nommément cité parmi les personnes qui ont été entendues. L’ordonnance donne ensuite au prieur la permission "de poursuivre en justice le sr AZEMAR pour se faire payer le légat du sr CAUSSEL" et encore que "le sieur AZEMAR sera contraint par les voyes de droit de faire delaissement des terres de la dominicature".

L’évêque donne la confirmation à 8 personnes et, pendant la messe, administre la communion aussi à 8 personnes mais le prieur indique "quil y a ordinairement 15 communians dans la dite paroisse et une vingtaine lorsque le sr AZEMAR y reside". Après la visite de l’église, il visite le cimetière et le prieur précise "quil y a deux cimetieres dans lad. parroisse, savoir l’un qui est au devant de la porte de lad. eglise ou sont enterrés les ancetres LATOUR, et l’autre au derriere dicelle, ou sont enterres les EUZETS, lesquels cimetieres ne sont point clos, et ny a point de croix". De toutes les pièces d’archives, c’est la seule où est décrite la situation de ces deux cimetières. On peut risquer l’hypothèse suivante : la famille la plus ancienne résidant encore au Triadou était celle des LATOUR, d’où la place importante devant la porte de l’église. Dans l’ancienneté venaient ensuite les EUZET qui avaient donc leur cimetière réservé derrière l’église. C’était, peut-être, pour ces derniers, la place la plus recherchée, au plus près de l’autel et du choeur, car il ne faut pas oublier que les EUZET avaient succédé aux TRIADOU, lesquels avaient succédé aux nobles AGULHON, de Montferrier. Dans la mentalité de ces époques, il fallait que les corps soient proches de l’autel, si possible dans l’église même (les prieurs y étaient enterrés) et, sinon, dehors au plus près. Par contre, les familles plus récemment installées dans le village n’avaient pas de cimetière attitré, ce qui peut surprendre pour les PLAGNIOL qui paraissent être déjà bien implantés dans la paroisse, famille riche ayant la charge de diriger le conseil de la communauté des habitants. L’ordonnance qui suit la visite ordonne aux habitants de "clore les deux cimetières et y dresser en chacun d’iceux une grande croix de pierre".

La plus grande partie du compte rendu concerne la délimitation de la dîmerie du Triadou. Le prieur du Triadou estimait que le prieur de Saint Sauveur du Pin avait inclus certaines terres et devois de sa dîmerie dans la sienne. Il l’avait fait assigner le jour de la visite au Triadou. Le père Dom Christophe LA CHAISE, procureur du monastère Saint Benoît d’Aniane, prieur de Saint Sauveur du Pin et député du monastère, avait répondu qu’il y avait une transaction passée avec le prieur François CAUSSEL en 1660, ce à quoi le nouveau prieur François HOÜY, avait répondu que son prédécesseur ne pouvait lui porter préjudice et qu’il exigeait que, dans le délai de six jours, un expert soit nommé. L’ordonnance qui suit la visite reprend les demandes ci-dessus en ajoutant la vérification des bornes de Saint Sauveur du pin et de Prades et en vérifiant aussi les confronts. Effectivement, le 10.12.1666, Barthélémy GREGOIRE, chanoine de l’église collégiale de Saint Sauveur de Montpellier, est délégué par le seigneur évêque de Montpellier pour faire ce contrôle. Il est accompagné de Jean VALAT, chanoine en l’église cathédrale de Montpellier (au nom du chapitre cathédral) et prieur du bénéfice de Saint Jacques de Prades, de Fulcran AUDIBERT (procureur fiscal du seigneur évêque), de Jean AZEMAR (AUZEMAR, seigneur du Triadou), de René COULONDRES (baille de Saint-Gély-du-Fesc, rentier du bénéfice de Saint-Jean-de-Cuculles), de Jacques DESFOURS (habitant de Saint-Jean-de-Cuculles, âgé de 50 ans ou environ), de Jean SAUVAYRE dit Moutet (habitant et premier consul de Prades, âgé de 75 à 80 ans), de Pierre VINCENS dit Manson (ou Mauson, habitant de Prades, âgé de 55 à 60 ans), de Jean RICHART dit Jacot (habitant de Prades, âgé de 45 ans), prudhommes et experts (...).

En fait, il est bien difficile aujourd’hui de situer les lieux où étaient les bornes quand il est écrit, par exemple : "serions montés vers un bois complanté d’oliviers, apres lavoir passé serions entrés dans une vigne close de pierres et de lauses qui est sur le chemin de Prades audit chateau de restinclières et a quatre pas dans icelle vigne", etc. C’est, cependant, un peu plus facile de situer les limites quand on rentre dans les généralités, comme, par exemple : "le sieur baille de St Gely du Fesc rentier du benefice de Saint Jean de Coculles et du moulin de Lafous auroit affirmé que la dixmerie de St Jean de Cuculles sestendoit jusqu’au déla du moulin de la foux a la droite de la guarrigue tout proche l’ecluse qui va a leglise de St Sauveur du pin".

Enfin, le compte rendu décrit dans les détails l’église, son bâtiment et son mobilier (ce qui montre que les dispositions de l’ordonnance de 1632, suite à la visite, ont bien été observées sur ce point).

La visite de 1684

Dans le compte rendu de la visite, le prieur Jean Louis PALHASSY indique le nombre de "communiants", soit 21 environ. Il précise aussi que Pierre EUZET n’a pas communié à Paques depuis vingt ans environ car il "n’en est pas en estat" (ce fils de Jean EUZET, le procureur juridictionnel, était handicapé physiquement et mentalement). Autre précision importante, il n’y a ni "hérétiques", ni "exercice de la R.P.R." (la religion prétendue réformée, c’est-à-dire le protestantisme).

Ce compte rendu de visite est présenté sous forme de questionnaire avec, le plus souvent, des réponses par oui ou par non. Ainsi, à la question de savoir s’il y a une maison curiale en bon état et si le prieur y loge, il est répondu deux fois oui (ce qui montre l’évolution par rapport à 1666). Certains points apparaissent pour la première fois, comme l’absence d’un maître ou d’une maîtresse d’école. D’autres montrent que les ordonnances précédentes ont été partiellement suivies. Ainsi, il est indiqué qu’il y a un cimetière "entouré de murailles" mais qu’on est seulement en train de faire "une grande croix au milieu" et que la porte n’est pas fermée à clef. Le questionnaire est signé par le prieur PALHASSY, cependant que le prêtre HOÜY (l’ancien prieur) perçoit "une pension de cent livres".

Comme dans le compte rendu précédent, la description essentielle porte sur l’église elle-même, surtout ses ornements et son mobilier. Tout ce qui concerne l’église sera repris dans un article sur le XVIIIe siècle (les éléments connus du XVIIe siècle étant notés en comparaison).

  e) Les actes des notaires des Matelles et les archives familiales

Une cinquième approche donne aussi son lot de renseignements. Il s’agit des minutes notariales, essentiellement celles des notaires des Matelles. En même temps, les Archives de l’Hérault possèdent des archives familiales dans la sous-série 1E. Dans celles-ci, on trouve trois dossiers concernant les EUZET du Triadou. A l’intérieur, on peut y voir beaucoup de pièces qui sont justement issues, le plus souvent, des minutiers des notaires des Matelles : copies, extraits ou originaux. Grâce à ces pièces, il est possible de compléter ce qui n’existe plus dans les archives notariales conservées aux Archives de l’Hérault dans la série 2 E 47. Tous ces actes se complètent et sont précieux car ils sont riches d’enseignements, aussi bien sur les habitants de la paroisse que sur les affaires traitées, l’état des bâtiments religieux et la hiérarchie des pouvoirs.

L’installation des prieurs et des curés

Même observation sur l’utilité de ces minutiers pour connaître les prêtres, curés ou/et prieurs qui se sont succédés à l’église-prieuré Saint-Sébastien-de-Cassagnas, du Triadou. Sans cette source, leurs noms resteraient ignorés. Ainsi, celui du prêtre Jean LACALM, qui est mis en possession du prieuré, tel qu’on le voit dans un acte du notaire Barthélémy GREGOIRE, notaire royal dit de Londres (en fait, des Matelles), à la date du 20.10.1600 et suite à une collation faite par un conseiller du roi au parlement de Toulouse. Il faut croire, d’ailleurs, que ce choix n’était pas particulièrement judicieux car, dès le 21.01.1601, la communauté des habitants se réunit dans la maison du seigneur du Triadou, Jean AUZEMAR. Sont présents, Marcelin PLAGNIOL (écrit PLAGNOL), "baille", Jacques EUZET et Antoine LATOUR (écrit de la Tour), "lesquels représentent la plus grande et principale parties dudit lieu". Ils sont réunis pour faire faire les réparations à l’église (mais sans donner plus de détails), acheter "des ornemens" (pour l’église) et pallier la carence du prieur "ne dagnant faire son debvoir". Pour cela, ils ont les autorisations nécessaires, en particulier du seigneur évêque de Montpellier. Ils souhaitent donc qu’un curé s’installe au Triadou et, pour cela, ils offrent de "payer la dixme comme ils ont accoustumé de toute ancienneté", c’est-à-dire la portion congrue laissée par le prieur au curé en place. Jean AUZEMAR présente alors Olivier MONTAGNON, prêtre et curé de Vic, pour servir de curé dans la paroisse du Triadou. Une négociation sur le prix à payer s’engage alors, MONTAGNON demandant "six escus le moys de gaiges pour sa nourriture" mais les habitants refusent et lui proposent quatre écus par mois. A l’issue du marchandage, le prix est fixé à treize livres par mois, somme qui lui sera payée par le sieur AUZEMAR "moys par moys", son service commençant le jour de "saint Luc prochain". Enfin, ledit MONTAGNON "promet bien et demeurer faire son debvoir et sadite charge". L’acte est passé en présence de Guillaume EUZET (du Triadou) et de Pierre PERTRACH (de Molières nègres) mais seuls signent avec le notaire, AUZEMAR et MONTAGNON (la signature de celui-ci étant plus proche de MONTHAINON), les autres ne sachant pas signer (notaire Barthélémy GREGOIRE, des Matelles)

Il faut certainement replacer cet acte dans son époque qui est celui des guerres de religion. Manifestement, non seulement l’église du Triadou a souffert mais l’absence de curé montre aussi que les dangers inhérents à la proximité de Montpellier empêchaient d’assurer correctement les services religieux. Cette négociation sur le prix à payer à Olivier MONTAGNON pour le faire venir et le retenir sans pour autant trop dépenser est certainement caractéristique de ce temps qui vient de voir la promulgation de l’Édit de Nantes (en 1598) et une certaine renaissance catholique dans la ville de Montpellier (voir, en ce sens, les écrits de Jean BAUMEL dans son livre sur Montpellier au cours des XVIe et XVIIe siècles - Les guerres de religion, des pages 136 à 142, notamment).

Certes, il est rare d’avoir des traces écrites directes de l’incidence des guerres de religion au Triadou. Cependant, on trouve dans le minutier d’un notaire de Lunel, Ozias BERINGUIER, le compte rendu d’un incident intéressant, le 31.10.1628. A cette date, Jean EUZET explique à Pierre BRUN, consul de Lunel, que le samedi précédent, "un cavalier de la compagnie de Mgr le duc de Montmorency" est venu au Triadou et lui a montré une ordonnance du duc datée du 17 octobre imposant aux habitants faisant profession de la religion prétendument réformée de fournir des vivres pour l’entretien de dix cavaliers de cette compagnie et ce de la part des consuls de Lunel. Jean EUZET a expliqué qu’aucun habitant, aucun contribuable du Triadou ne faisait profession de cette religion et qu’ils étaient tous catholiques. En conséquence et conformément à l’ordonnance, ils devaient être exempts de cette contribution. Jean BRUN lui ayant demandé de confirmer ces faits pour faire sa réponse, Jean EUZET a écrit, à la suite de cet acte, une déclaration de confirmation, tant en son nom qu’au nom des autres habitants du Triadou (copie dans les archives familiales des EUZET du Triadou, aux AD 34).

Les réparations de l’église, du presbytère et du cimetière

Beaucoup plus tard, dans le minutier du notaire Gilbert SALOMON, des Matelles, on peut lire une délibération du conseil des habitants du Triadou, le "dernier febvrier 1681". Sont présents, Jean AUZEMAR, docteur et avocat, Marcelin PLANIOL, Jean PLANIOL (l’orthographe de leur nom est celle qui est adoptée par le notaire) et Marguerite GELYE, veuve et tutrice "des hoirs" (héritiers) de feu Jacques EUZET, "procureur juridictionnel de ladite comté" (le comté de Montferrand). Il est précisé que ces quatre personnes constituent "la plus grande et saine partie de la comté dudit lieu, attendu qu’il n’y a point d’autre habitant que Bertrand LATOUR qui est absent dudit lieu despuis longtemps". On comprend par cette formule que ne sont comptés comme représentants de la paroisse que les propriétaires. En sont exclus les salariés qui travaillent pour ces propriétaires (les bergers et les valets).

Ils sont réunis parce que l’église paroissiale "est entièrement descouverte despuis cinq ou six ans a cause de quoi le divin service ne sy faict pas du despuis ce qui est un grand préjudice aux habitans dudit lieu." Ils veulent donc y remédier et faire recouvrir l’église "à frais communs" et donc "en donner le prix faict a celluy ou ceux qui en voudront faire la condition meilleure". Mais comme la communauté n’a pas de ressources, ils décident d’emprunter 120 livres, somme que les maçons ont pu évaluer ailleurs comme étant le minimum nécessaire pour faire ces travaux.

Au nom de tous les habitants - y compris Bertrand LATOUR, absent - la communauté donne à Jean PLANIOL le pouvoir d’aller à Montpellier ou "partout ailleurs" pour emprunter cette somme, sous réserve de l’accord de l’Intendant (la formule utilisée est : "soubs le bon plaisir et consentement de monseigneur l’Intendant de la province"). L’acte est fait sur la place du Triadou, en présence de Folcrand FLAVARD, des Matelles et Jean AUZEMAR jeune qui signent avec les habitants, sauf Marguerite GELY et Marcelin PLAGNIOL qui ne savent pas signer (cependant, ce dernier appose sa marque). En note, il est précisé que la communauté est poussée à agir par l’évêque de Montpellier. Ainsi voit-on, en cette fin du XVIIe siècle, les pouvoirs concurrents de la communauté des habitants (qui seule peut décider des travaux à faire à l’église) : l’évêque qui pousse - en fait qui oblige - les habitants à agir, et l’Intendant qui doit donner son accord au prêt financier.

Le 27.04.1682, la communauté des habitants se réunit à nouveau. Il y a Jean AUSEMAR, docteur et avocat, Marcelin et Jean PLAGNIOL "faisant tout le corps de la communauté dudit lieu ny ayant autres habitans que deux femmes vefves" (veuves). Ils rappellent l’acte du "dernier febvrier 1681" avec la décision d’emprunter 120 livres pour être employées aux réparations de l’église qui menaçait ruine et, surtout, la suite de la procédure avec l’ordonnance de l’Intendant de la province, DAGUESSEAU, du 08.04.1681. On apprend ainsi que l’Intendant n’a autorisé qu’un emprunt de 100 livres et que ces 100 livres ont été effectivement empruntées à Grace PLAGNIOL (patronyme écrit PLANIOLLE), "par obligation du quatriesme mars employée et délivrée à Francois MONTELS masson entrepreneur desdites reparations comme appert de la quittance du onze may suivant". Il est expliqué ensuite qu’il "a fallu faire d’autres despens considerables pour mettre léglize en bon estat" et que Jean PLANIOL jeune s’est chargé d’avancer les sommes, "par ordre des habitans". Il a arrêté son compte duquel il ressort que la communauté lui doit 51 livres 12 sols. Pour le rembourser, ces sommes doivent être vérifiées, d’où la délibération nouvelle de la communauté. Celle-ci a alors approuvé tant l’emprunt des 100 livres que la dépense effective retracée par le compte. En conclusion, la communauté supplie l’Intendant de bien vouloir vérifier et permettre l’imposition pour assurer le payement des créanciers. Le délibération a été faite en présence de Folcrand FLAVARD et Pierre DAUMAS, habitants des Matelles qui ont signé avec AUZEMAR et Jean PLANIOL (Marcelin PLAGNIOL ne sachant pas signer) ; en fait, cet acte est repris dans un extrait signé et collationné par le seul SALOMON, notaire des Matelles (dans cet extrait, le notaire écrit, tantôt PLAGNIOL, tantôt PLANIOL).

L’intendant a dû donner son accord mais, entre-temps, une autre obligation s’est faite jour : refaire un nouveau compoix. En effet, il faut attendre le 10.08.1684 pour que le même notaire, Gilbert SALOMON, enregistre une nouvelle décision de la communauté des habitants du Triadou. Sont alors présents, auprès de Jean Louis PAILHASSI, prêtre et prieur du Triadou : Jean AUZEMAR, docteur et avocat, Marcelin et Jean PLAGNIOL, père et fils (l’orthographe de leur nom est celle qui est adoptée par le notaire mais le fils signe PLAIGNIOL), "faisant l’entier corps des habitans dudit lieu du Triadou". A noter que dans cet acte, Marguerite GELY et Bertrand LATOUR ne sont ni présents ni évoqués. La communauté rappelle, d’une part, l’ordonnance de visite de l’évêque de Montpellier qui oblige de faire "certaines réparations à l’église" et, d’autre part, la décision de la Cour des comptes, aides et finances de Montpellier qui ordonne de faire un nouveau compoix. Il est d’ailleurs précisé que ce nouveau compoix "se trouve fort advancé sans avoir rien payé aux entrepreneurs d’icelluy". Aussi, la communauté constitue pour procureur général et spécial, Jean PLAGNIOL, afin d’emprunter les 120 livres nécessaires. Il s’agit du même montant qu’en 1681 mais l’acte est plutôt vague en ce qui concerne les travaux à faire à l’église, frais auxquels on a joint les dépenses relatives à la confection du nouveau compoix. L’acte est passé aux Matelles, en présence de Denis ESPINAS, prêtre et curé de Saint-Jean-de-Cuculles, et de François MIRAVAUX (qui signe MIRABAUD), notaire d’Aigues-Vives.

Le 21.08.1684, un autre acte est passé auprès du notaire Gilbert SALOMON par Jean PLAGNIOL, ménager du Triadou (l’orthographe de son nom est celle qui est adoptée par le notaire mais il signe toujours PLAIGNIOL), en présence du prieur du Triadou, Jean Louis PAILHASSI, et de Barthélémy SALOMON, des Matelles. Peu avant la passation de cet acte, il a reçu de sa soeur Grace PLAGNIOL (la même qui avait prêté les 100 livres de 1681), les 120 livres, en "escus blancs et autre monnoye". Sa soeur ne participe pas à l’acte mais il s’engage à la rembourser dans le délai d’un an. Il est précisé qu’il accepte cette somme en vertu de la procuration faite en sa faveur le dix août. Les travaux ont dû être faits dans l’année car le compte rendu de visite de l’évêque pour 1684 donne, à la rubrique concernant l’église et à la question de savoir si elle est bien couverte, une réponse positive. Cependant, comme il n’y a pas la date précise de cette visite sur l’imprimé type qui, lui, est bien de 1684, il reste une incertitude quant à la période effective de réalisation des travaux.

Si l’on compare de tels actes avec ceux que l’on peut trouver au XVIIIe siècle, on voit bien que ceux du XVIIe siècle sont moins précis. En effet, dans les minutier des notaires des Matelles, surtout dans la seconde partie du XVIIIe siècle, on trouve encore des baux avec des maçons ou des plâtriers concernant des réparations de l’église du Triadou, de son presbytère ou de son cimetière. La différence tient moins dans les prix que dans les précautions prises pour aboutir au meilleur prix et pour garantir la bonne exécution des travaux. Un devis est fait avec un premier maître artisan mais les travaux sont donnés à un autre maître de la profession concernée, on énumère quels sont les matériaux nécessaires qu’il doit fournir et on prévoit même une caution avec un troisième maître de la même profession. Il est évident que les actes du XVIIe siècle ne donnent pas autant de détails, ce qui ne veut pas dire que les représentants de la communauté des habitants ne prenaient pas les précautions nécessaires.

La valeur du "bénéfice" du prieuré

Les minutes notariales sont aussi utiles pour connaître la valeur d’un prieuré ou d’une église paroissiale, ce que l’on appelait son bénéfice. En effet, au Triadou, le prieur arrentait les biens du prieuré, pour une durée de deux, trois ou quatre ans, à un laïc.

  • Le 03.11.1631, le prieur François CAUSSEL arrente le bénéfice du Triadou à Jean EUZET, procureur juridictionnel de la val de Montferrand. Le montant annuel à payer n’est que de 105 livres mais il y a, en plus, des livraisons de blé, ce qui fausse la comparaison quant au prix avec les arrentements suivants qui, eux, ne comprennent qu’un versement annuel en argent (notaire Guillaume GREGOIRE, des Matelles).
  • Le 07.05.1667, le prieur François HOÜY confesse avoir reçu de Jacques EUZET "rentier dud. benefice du Triadou", la somme de 335 livres, "laquelle somme de 335 livres fait le prix de la rente du bénéfice de ladite année 1666" (lettre écrite à Montpellier - archives familiales, aux AD 34)
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La signature du prieur HOUY le 07.05.1667
  • Le 07.11.1670, le prieur François HOÜY écrit de Paris à "Monsieur EUZET, rentier du benefice du Triadou, au Triadou" (il doit s’agir de Jacques EUZET, mari de Marguerite GELLY), car le curé du Triadou, Affrique JUGLA, lui a dit qu’il ne voulait pas lui payer "son quartier sans ordre" (il s’agit de ce que l’on appelait communément la portion congrue). Le prieur rassure ensuite son rentier pour que le paiement soit effectué. Puis, il le tient au courant des nouvelles de la capitale en lui parlant des temples de Montpellier, Maugio, Pignan et Poussan qui "seront rasés et démolis" et de celui de Cournonterral qui devrait subir le même sort. Cette lettre est donc intéressante à plusieurs égards. D’abord, on voit que Jacques EUZET est, en 1670, le rentier du bénéfice du Triadou comme il l’était déjà en 1666. Ensuite, c’est évidemment, d’un intérêt certain pour l’histoire régionale avec ces nouvelles parisiennes qui annoncent la destruction des temples des réformés. C’est enfin, le signe que ce prieur était bien en cour, ayant les meilleures relations avec les EUZET du Triadou qui étaient des catholiques convaincus. D’ailleurs, on ressent cette bonne entente quand le prieur termine sa lettre par ces mots : "Mes baisemains a Mons(ieu)r vostre Pere et a toute vostre famille" et en finissant d’une façon particulièrement modeste : "Je suis, Monsieur, V(ot)re tres humble et tres affect(ion)né serviteur HOÜY pr(estr)e indigne" (comme pour mieux marquer la distinction de son interlocuteur par rapport à lui, après avoir marqué le rapprochement de leurs idées).
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La lettre du 07.11.1670

Cette lettre est un modèle de diplomatie quant au fond mais aussi dans la forme. Ainsi, la signature du prieur est à peine esquissée alors que dans la quittance qu’il a dressée le 7 mai précédent, on découvre une signature particulièrement imposante, digne d’un notaire ! Il faut croire, peut-être que ce Jacques EUZET était particulièrement susceptible ou, peut-être aussi, que le curé JUGLA n’avait pas la manière. Quoiqu’il en soit, tout ceci tranche avec l’ambiance conflictuelle qui va s’engager avec le prieur suivant, Jean Louis PAILHASSY. Les successeurs de HOÜY resteront sur place et ils vont exiger que leurs droits soient reconnus, tant pour la confrérie que pour la chapelle Notre Dame. (lettre écrite à Paris - archives familiales, aux AD 34)

  • Le 03.02.1676, le prieur Jean Louis PALHASSY arrente à Jacques ESTEVE (cardeur habitant Saint Mathieu) les fruits décimaux du bénéfice et prieuré du Triadou, pour une duré de trois ans, du premier janvier 1676 au 1er janvier 1679. Cependant, il se réserve la pension qu’il a sur le domaine de Restinclières et la dîme correspondante ; il se réserve aussi "les fruits de la dominicature et disme du vin qui se recueillera audit Triadou". Le reste fait partie de la convention pour le rentier, à savoir "tous les fruits décimaux du blé, bestiaux, olives" et "les drois décimaux quelconques dépendant dudit bénéfice". Le prix est de 275 livres de rente annuelle que le rentier sera tenu de payer en trois fois chaque année : 100 livres le premier janvier, 100 livres en mai et 75 livres le jour de la fête Notre Dame, en août. Les paiements seront continus pendant les trois ans. L’acte est passé à Saint Mathieu, dans la maison de Jacques ESTEVE, en présence de Guilhaume PALHASSY, prêtre et vicaire perpétuel de Saint Martin de Treviés et Jean AUZEMAR, docteur et avocat de Montpellier (notaire Gilbert SALOMON, des Matelles). Le remboursement complet de la rente au prieur Jean Louis PALLASSY a eu lieu le 21.04.1683 (même notaire)
  • Le 22.11.1687, le prieur Jean LouisPALHASSY arrente à Jean ALEGRE, du château de la Roquette, le "bénéfice du Triadou" pour une valeur annuelle de 232 livres. Néanmoins, le prieur a sorti du bail certaines portions de son bénéfice, notamment la pension annuelle tirée du château de Restinclières. La rente étant payable chaque année en quatre fois, Jean ALEGRE paye immédiatement 80 livres, c’est-à-dire le premier quart plus une avance sur le deuxième quart de la première année. En marge de l’acte, il est indiqué l’entier payement pour les trois ans, au 04.10.1690 (notaire Gilbert SALOMON, des Matelles).
  • Le 12.03.1697, le prieur Jean Louis CARIBAIN "vend les fruits de son benefice en quoi qu’ils consistent et puissent consister", notamment les terres et vignes dépendant dudit bénéfice et la rente qu’il prend sur le château de Restinclières, à Jean EUZET, greffier consulaire du Triadou. Ce contrat est "pour le temps et terme de deux années qui commenceront de cejourd’huy, et finiront après la recolte des ollives de l’année prochaine 1698" (on s’attendrait à ce qu’il soit écrit 1699). Le prix est de 760 livres et Jean EUZET paye tout de suite 380 livres et s’oblige à payer les 380 livres restantes dans un an à compter de ce jour, sous peine de dommages et intérêts. Les formules qui suivent se retrouvent dans tous ces types de contrats : d’une part, ledit CARIBAIN promet de le faire jouir paisiblement des fruits, rentes et tenures dudit bénéfice, de payer les décimes et autres charges, et, d’autre part, ledit EUZET promet de jouir du tout en bon ménager et père de famille. Enfin, pour l’observation des clauses, les parties obligent leurs biens, présents et à venir qu’ils soumettent à toute rigueur de justice et par exprès du petit scel royal de Montpellier. L’acte est passé en présence de Denis ESPINAS (prêtre et prieur de Saint Clément) et de Philippe Louis RECOULY, de Montpellier (notaire Raymond MARGOUËT, de Montpellier).

Ainsi, après l’épisode ombrageux et contentieux avec le prieur PALHASSY (double procès sur les biens de la confrérie et sur la rente de la chapelle Notre Dame), le nouveau prieur reprend les habitudes anciennes d’arrenter le bénéfice du Triadou aux EUZET de la paroisse. Cependant, le contrat ci-dessus va être rapidement caduc puisque les deux parties signent un bail équivalent un mois plus tard avec le notaire des Matelles (ce qui, là-aussi reprend les habitudes anciennes). Le nouveau contrat va être plus précis quant aux dates (on ne parlera plus de récolte des olives) et aux éléments inclus dans le bail qui va passer de deux ans à quatre ans.

  • Le 28.04.1697, le prieur Jean Louis CARIBAIN arrente le bénéfice du Triadou à Jean EUZET, greffier consulaire du Triadou. Le bail est fait pour quatre ans, à compter du 01.01.1698, jusqu’au 01.01.1703, moyennant le prix (plus exactement la rente annuelle) de 380 livres à payer tous les ans en quatre parts égales et par avance. Le prieur s’engage à donner quittance à chaque payement. L’arrentement inclut la pension annuelle de 50 livres que le prieur prend au château de Restinclières, y compris aussi le droit de dîme sur les terres dépendant de ce château et puis, bien sûr, la vigne qui est au Triadou (il est précisé que les cépages sont du muscat et du piccardan) ainsi que les terres dépendant de la dominicature. Dans ce cas, il n’y a donc aucune exclusion. L’acte est passé devant le notaire Jean MAUMEJAN, de la val de Montferrand et de Londres, en présence de Jean AUSEMAR (docteur en droit et avocat, habitant le Triadou) et Balthasard GALABERT (praticien de Montpellier).

Cependant, le prieur Jean Louis CARIBAIN est remplacé par le prieur André SALLES, fin 1698 (au moins à partir du 15 novembre). Le contrat ci-dessus est donc, à son tour, devenu caduc et un nouvel engagement a été conclu entre le nouveau prieur et deux habitants du Triadou, Jean EUZET et Jean PLAGNIOL. Ce document se trouve dans les archives de la famille EUZET du Triadou (aux AD 34) et cette "convention" privée montre que l’on pouvait très bien se passer d’un acte authentique, dans une époque, pourtant, où le notaire était omniprésent.

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La convention avec le prieur SALLES en 1698 (à la place du contrat du prieur CARIBAIN, en 1697)

Quoiqu’il en soit, on voit qu’il est du 02.12.1698, que "l’afferme" est prévue à partir du 01.01.1699 (donc comme pour le second contrat avec le prieur CARIBAIN) mais que la durée est beaucoup plus courte puisque l’engagement doit se terminer le 31.12.1700. De plus, le nouveau prieur se réserve la rente prise sur le château de Restinclières ainsi que la "dominicature dime du vin du Sr AUZEMAR du Triadou". Il en résulte que le prix est moins élevé puisqu’il se monte à 340 livres chaque année. Enfin, comme pour le contrat précédent, les paiements doivent se faire chaque année en quatre parts égales et par avance, de trois mois en trois mois.

En réalité, si les paiements ont bien été effectués, cet échéancier n’a pas été respecté, ainsi qu’on le découvre à la lecture d’une page de quittances écrites par le prieur André SALLES, en 1699 et 1700. Ces quittances se trouvent dans les archives de la famille EUZET du Triadou (aux AD 34).

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Les quittances du prieur SALLES en 1699 et 1700

Les obligations militaires du Triadou

Une délibération de la communauté des habitants donne un éclairage sur les obligations militaires qui pouvaient être à la charge de celle-ci. En effet, le 03.05.1675, sur la place publique du village, se sont réunis Jean AUSEMAR (qui signe AUZEMAR), docteur et avocat de Montpellier, Jacques EUZET, Marcelin PLANIOL (qui signe PLAIGNIOL) et Bertrand LATOUR, "habitant et faisant la plus saine partie de la communauté dudit lieu du Triadou". Ils ont décidé de faire de Jacques EUZET leur procureur pour qu’il emprunte 40 livres destinées aux salaires de trois soldats ou, plus exactement, à une part de leurs salaires car les sommes correspondantes devaient être fournies conjointement par les trois paroisses de Valflaunès, Treviers et Le Triadou. Eventuellement, on pourrait trouver les hommes pour faire la fonction. Cette obligation faisait suite à une ordonnance des commissaires du diocèse de Montpellier, en date du 19.04.1675, elle-même en conséquence de "celle de monsieur le marquis de MONPESAT dudit jour, pour aller servir le roy aux garnisons de Perpignan, Collioure et Villefranque en Roussillon entre cy et le cinquième du courant". L’acte a été écrit par le notaire Gilbert SALOMON, des Matelles, en présence du prieur Jean Louis PALHASSY et de Folcrand DELMAS (qui signe DAUMAS), de Saint Jean (de Cuculles).

Les obligations fiscales du Triadou

On a vu plus haut l’analyse de la répartition des tailles pour l’année 1694. Il est possible de mieux comprendre encore le mécanisme de cet impôt grâce à deux actes notariés. Le premier, du 31.05.1682, est l’attribution du bail des tailles du Triadou pour l’année en question. Le second, du 22.04.1698, montre comment un contribuable en retard de paiement peut éviter la saisie de ses biens. Les premier se trouve dans le minutier de Gilbert SALOMON et le second dans celui de Jean MAUMEJAN (dit de la val de Montferrand et de Londres).

  • le 31.05.1682, aux Matelles, Jean AUSEMAR (qui signe AUZEMAR), docteur et avocat de Montpellier et Jean PLANIOL (qui signe PLAIGNIOL), habitant du Triadou, tant pour eux que pour les autres habitants du Triadou, signent le bail pour "faire la levée des tailles dudit lieu année présente" à Jacques ESTEVE (de Saint Mathieu de Tréviers) et lui délivrent "le livre de collecte". La levée est conclue "à raison de 14 deniers pour livre" (c’est-à-dire son salaire). L’acte est signé en présence de Folcrand FLAVARD et de Barthélémy SALOMON, des Matelles. Tous signent.
  • Le 22.04.1698, on apprend que Jean AUZEMAR doit 192 livres 9 sols sur les tailles des deux années passées, à savoir 117 livres 8 sols 10 deniers au titre de l’année 1696 et 75 livres 2 deniers au titre de l’année 1697. En 1696, le collecteur (que l’on appelle ici l’exacteur) est Claude EUZET, c’est donc à lui que sont dues les 117 livres 8 sols 10 deniers. En 1697, ce sont à Claude EUZET et Jean GALABERT que sont dues les 75 livres 2 deniers en tant qu’exacteurs pour cet exercice. Afin d’éviter la saisie de ses biens, Jean AUZEMAR propose à l’un de ces exacteurs, Claude EUZET, une transaction : que celui-ci prenne ses biens fonds en antichrèse pendant neuf ans "pour en jouir en representation desdits intherets de ladite somme de cent nonante deux livres neuf sols jusques à son effectif payemans, ce quicelluy EUZET luy auroit accordé pour luy faire plaisir et luy espargner frais et despans". L’acte indique ensuite précisément quelles terres font partie de ce bail, avec leurs contenances et leurs confronts (deux champs, deux champs et hermes, un herme et un devois). En contrepartie, Claude EUZET s’engage à payer les 192 livres 9 sols, à charge pour Jean AUZEMAR de les lui rembourser à la fin du bail et, s’il ne faisait pas ce remboursement, les terres en question appartiendraient définitivement à Claude EUZET. Celui-ci paye aussi à Jean GALABERT les 75 livres 2 deniers dues au titre de l’année 1697. Des clauses accessoires sont également conclues, relativement aux récoltes en cours et sur la construction d’un bâtiment. Il s’agit donc d’une subrogation. Claude EUZET paye tout de suite les tailles en retard dues par Jean AUZEMAR et celui-ci lui met à disposition pendant neuf ans des terres ayant la même valeur. Jean AUZEMAR doit, au terme de la période rembourser Claude EUZET sous peine de perdre définitivement ces terres qui seraient alors considérées comme lui ayant été vendues. On voit la souplesse du procédé pour l’une et l’autre partie. A noter, enfin, que la plupart des terres en question sont proches de l’église (le prieuré), ce qui montre que les AUZEMAR les avaient acquises des propriétaires les plus anciens dans les époques précédentes (les de BERTIN, les LATOUR ...)

  f) Le registre de la confrérie du Saint Sacrement

Une sixième approche apporte son complément d’informations avec le registre de la confrérie du Saint Sacrement remise en vigueur en 1685. Le "rolle des confraires et confreresses" est établi pour la visite de la paroisse et "la closteure de la mission generale par monseigneur charles de PRADEL evesque de montpellier dans la confrairie du st sacrement ordonnée et establie par nous seigneur cy devant dans une autre visite".

Le 28.01.1685, "Jean Louis PALHASSY prieur de lad paroisse nommé prevot de ladite confrairie par mond. seigr de montpr le susdit jour 28e janvier 1685 et ay exercé cette charge jusques au 29e may 1688". Cette première mention du registre de la confrérie du Saint Sacrement est suivie d’une série "d’obiit" concernant : Jean AUZEMAR, Marcellin PLAIGNIOL vieux, Jean PLAIGNIOL son fils, Marcellin PLAIGNIOL fils dudit Jean, Guilhaume PLAIGNIOL, Jean EUZET, Claude EUZET, Jean VINCENS clerc de Saint Jean de Coculles, Jean PAGÉS berger à Montalet, Francois N. berger du susdit Jean PLAIGNIOL, Anthoine N. berger dudit PLAIGNIOL, Jean RAMOND valet de Marguerite GELI, Jean ... berger de ladite, Dominique VIELHE berger, Anne de MICHEL femme dudit sieur AUZEMAR, Jane de MICHEL sa soeur, Georgette DAUZEMAR, Anthoinette DAUZEMAR, Jeane DAUZEMAR (filles dudit sieur AUZEMAR), Marguerite GELYE veuve de Jacques EUZET, Elyzabeth TIOCHE femme de Jean PLAIGNIOL, Estienne PLAIGNIOLE sa fille, Jeanne ACCARIERE veuve de Jacques LATOUR.

Il est ensuite indiqué que Jean Louis PALHASSY, prieur de la paroisse du Triadou, a fait la fonction de prévôt jusqu’au 29.05.1688 et qu’il "ne rends aucun compte a ladite confrairie parceque comme elle est nouvellement establie, elle est si pauvre que ce qui se donne au bassin est si peu de chose que jay fait toute la despense necessaire, tant a lautel que pour lentretien de la lampe, l’achept dicelle et de tout le reste".

Le 29.05.1688, Jean AUZEMAR est nommé prévôt ; il reste en fonction jusqu’au 12.05.1689 et il est précisé "navoir rien perceu cau contraire, il a garny lhuilier pour lentretien de la lampe et des deniers du bassin et du mien (c’est-à-dire, pour le prieur) jay fourny les chandelles et tout le reste".

le 12.05.1689, c’est au tour de Marcelin PLAGNIOL de devenir prévôt : "en presence et a la pluralité des voix des confraires a esté nommé prevost marcellin PLAIGNIOL vieux de la confrairie du St Sacrement le dimanche dans loctave de la feste dicelle [l’octave est un espace de 8 jours consacré, dans l’église romaine, à solemniser une grande fête, en l’occurence celle du Saint-Sacrement, appelée aussi la Fête-Dieu]

Le 25.05.1690 ou, plus exactement, "le dimanche dans loctave de la feste Dieu", c’est Jean EUZET qui est nommé par les confrères prévôt "a la pluralite des voix", cependant que Marcelin PLAGNIOL laisse la charge, avec la précision du prieur qu’il "na rendu aucun compte pour navoir rien perceu au contraire il a fourny avec moy pour lentretien dicelle tout ce quy a esté necessaire". C’est, d’ailleurs, le prieur, Jean Louis PAILHASSY qui assure la fonction après lui, à partir du 17.06.1691. Toujours selon la formule rituelle, il est écrit que Jean EUZET n’a rendu aucun compte, qu’il n’a rien perçu, que la confrérie n’a aucun revenu, qu’il a fourni l’huile de la lampe et que le prieur a, lui, fourni les chandelles. En marge, il est indiqué 1691 et 1692, ce qui signifie que le prieur a gardé la fonction de prévôt un an de plus. C’est ensuite confirmé quand, le 24.05.1693, il est indiqué que Jean PLAIGNIOL prend la succession, cependant que le prieur précise qu’il n’a "rendu aucun compte de deux années", toujours pour les mêmes raisons et qu’il a "fourny les chandelles a lautel et lhuile a la lampe d’encens"

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L’impasse de la confrérie au Triadou (photo J.C.E. le 18.09.2009)

Le 13.06.1694, Jean EUZET est nommé prévôt puis, c’est le prieur qui le remplace, le 05.06.1695, toujours avec les mêmes formules sur les comptes, l’absence de revenus et la fourniture de l’huile pour la lampe. Par contre, rien n’est indiqué pour les années suivantes, jusqu’au 21.06.1699.

En effet, le 21.06.1699, Jean EUZET est nommé prévôt "dans l’octave du Saint Sacrement" ; il succède à Jean PLAIGNOL mais il n’est pas indiqué quand celui-ci a pris ces fonctions ; pour la première fois, il y a aussi une autre désignation : "et pour avoir soin de la propreté de l’autel damoiselle Antoinete du triadou" [Note : ce "du Triadou" ne fait certainement pas référence aux TRIADOU dont le village tire le nom mais bien plutôt au seigneur du Triadou, c’est-à-dire AUZEMAR ; on en a la preuve plus tard, par exemple en 1708 quand la préposée à l’autel est Jeannete d’AUZEMAR "du Triadou" ; on retrouve aussi les prénoms de cette famille, par exemple en 1702 ou en 1722, quand c’est Georgette du Triadou qui est chargée de tenir l’autel propre]. Quant à Jean PLAIGNOL, "cy devant prevost", il est écrit qu’il "n’a rendu aucun conte au contraire il a fourni l’huile de la lampe" (PH 60, aux AD 34).

  g) Les actes des notaires de Montpellier et les archives familiales :

Septième approche du sujet. Le Triadou étant proche de Montpellier, certaines affaires ont été traitées devant des notaires de Montpellier. On a déjà vu le contrat de 1697 reçu par le notaire MARGOUËT mais ce sont surtout plusieurs actes que l’on trouve chez le notaire Etienne GIMEL et qui concernent le prieuré de Saint Sébastien de Cassagnas, mettant aux prises ses prieurs et les EUZET du Triadou, dans la seconde partie du XVIIe siècle.

  • Le 23.08.1692, un maître maçon de Saint-Jean-de-Cuculles, François MONTELS, se fait payer par Jean EUZET 29 livres 10 sols pour les réparations faites à l’autel de la chapelle Notre Dame, dans l’église du Triadou. Le 17.03.1693, un maître plâtrier de Montpellier, Jean DESFOURS, se fait payer par Jean EUZET 40 livres pour la confection d’un retable destiné au maître autel de l’église. Le 27.03.1693, un marchand de Montpellier, Guillaume MAZADE, se fait payer par Jean EUZET 25 livres 12 sols pour la fourniture d’etoffes de deux chasubles, l’une blanche et l’autre noire. Le 08.06.1693, un peintre de Montpellier, Guillaume JULLIAN, se fait payer par Jean EUZET 18 livres 8 sols pour un tableau devant servir à la chapelle de Notre Dame en l’église du Triadou.

Ces achats et réparations sont réalisés pour la chapelle Notre Dame qui est dans l’église du Triadou et dont le prieur, Jean Louis PALHASSY est chapelain, la chapelle ayant été fondée par un de ses prédécesseurs, Bringuier MARRE, par son testament du 28.07.1471 et un codicille du 10.10.1482 (comme c’est expliqué dans l’article "Un prieuré qui a longtemps joué un rôle central dans une histoire millénaire"). Le parlement de Toulouse ayant donné raison au prieur contre Marguerite GELY, veuve de Jacques EUZET, celle-ci fut condamnée à payer 130 livres au titre du revenu de la fondation de cette chapelle et des arrérages depuis 29 ans jusqu’à l’introduction de l’audience (06.03.1683) ainsi que des intérêts qui ont ensuite couru. Suite à la visite paroissiale du 07.05.1691, l’évêque de Montpellier a alors ordonné que ces 130 livres "seroient employées à la decoration et a l’embéllissement dudit autél de leglise dutriadou auquel seroit fait un tableau neuf avéc une bordure et retable et reparations necessaires, en execution de laquelle lesdites reparations ont esté faittes". Ces minutes notariales d’Etienne GIMEL représentent donc l’étape finale de cette affaire, à la suite de la procédure en question (mais, il y aura un rebondissement de ce litige, au XVIIIe siècle). La photo qui suit est la quittance globale des 130 livres payées par Jean EUZET, fils de Marguerite GELY mais la première quittance du 16.06.1692 n’a pas été retrouvée. (archives de la famille EUZET du Triadou, aux AD 34)

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La quittance finale de 130 livres par Charles de PRADEL, évêque de Montpellier (le 13.09.1693)

Quant au procès sur la maison et les terres de la confrérie, on renvoie à ce qui est indiqué dans l’article "Un prieuré qui a longtemps joué un rôle central dans une histoire millénaire", en rappelant seulement que c’est le même notaire Etienne GIMEL qui a enregistré le compromis passé entre le prieur Jean Louis PALHASSY (d’une part), Marguerite GELY, veuve de Jacques EUZET, et son fils Jean EUZET (d’autre part), le 22.06.1689.

Enfin, on ne saurait terminer cet article sur le XVIIe siècle sans signaler aussi que le procès sur les censives du Triadou entre le chapitre cathédral de Montpellier et les EUZET du Triadou a commencé dès 1666 mais qu’il faudra attendre 1723 pour arriver à une conclusion avec une sentence du sénéchal de Montpellier. Ce long processus sera évoqué dans l’article suivant : "Les habitants du Triadou au 18ème siècle (jusqu’en 1788)"

  h) Les références :

  • Le registre paroissial (de 1665 à 1684) : PH 60, aux AD 34.
  • Le registre paroissial (année 1692) : le site en ligne des AD 34.
  • Le compoix des biens communaux, en 1684 : C 3007 ; Intendance du Languedoc, aux AD 34.
  • Les tailles de 1694 : PH 60, aux AD 34.
  • Les visites paroissiales : série G (en particulier, G 1146, G 1148, G 1178), aux AD 34.
  • Les actes notariaux : les séries 2 E/47, en particulier les n° 1, 44, 45, 58, 75, 76, 77 et 78 (notaires des Matelles), 2 E 55/198 (minutier de Raymond MARGOUËT, notaire de Montpellier) et 2 E 56/457 et 459 à 461 (minutier d’Etienne GIMEL, notaire de Montpellier), aux AD 34.
  • Les délibérations de la communauté des habitants : PH 60, aux AD 34.
  • Le registre de la confrérie du Saint-Sacrement : PH 60, aux AD 34.
  • les archives de la famille EUZET du Triadou (notamment, 1 E 1417), aux AD 34. L’origine de ces archives est indiquée dans un dossier du Conseil général de l’Hérault (session d’août 1897) ; on y trouve un rapport de l’archiviste du département, Jos BERTHELÉ, dans lequel il explique que : "M. Calixte EUZET, maire du Triadou, possédait une quantité considérable de papiers et parchemins anciens, dont les uns ont été communiqués à feu M. CAUSSE, ancien prieur de Saint-Jean-de-Cuculles ; à la mort de ce dernier, ils ont disparu ; - les autres ont été entre les mains de M. MARTIN, ancien avoué à Montpellier." (p. 359) ; cet archiviste a fait un autre rapport au Conseil général de l’Hérault, session d’août 1901, dans lequel il précise que : "M. Pierre MARTIN, propriétaire du mas de Cotte (près Montpellier) a bien voulu faire don aux Archives départementales d’un lot de documents des 17ème et 18ème siècles, concernant spécialement le Triadou et la famille EUZET." (p. 243). Il est donc clair que les pièces que l’on trouve aux AD 34 en 1 E 1417, 1 E 1418 et 1 E 1419 sur la famille EUZET du Triadou, sont celles qui ont été remises par Pierre MARTIN, lequel les avait reçues de Calixte EUZET. Cette remise s’est faite entre août 1900 et août 1901.
  • Les actes concernant les ventes, baux ou échanges de terres que l’on trouve dans les archives notariales restent à traiter ; ces actes concernent, essentiellement, les familles AUZEMAR, LATOUR, PLAGNIOL et EUZET, pour le XVIIe siècle. S’y ajoutent encore les reconnaissances féodales pour la famille EUZET.

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