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Quelques éléments historiques (2)

mardi 23 septembre 2003 , par Pitot Jean-Pierre, Vareilhes Alain , Commenter

Le XVIIIe siècle est au Causse, une époque d’expansion agricole. On constate en effet que la déclaration royale de Juillet 1770 accordant des avantages et privilèges aux défricheurs reçoit dans notre commune un écho très favorable. 29 personnes sont recensées comme créateurs de nouvelles parcelles. C’est au total 85 sétérées de terrain qui sont ainsi gagnées sur la garrigue, soit une bonne vingtaine d’hectares. Ces champs sont alors soit semés en grains, soit plantés en vignes pour les plus petites surfaces.

La culture du mûrier, la soie

Encouragée depuis le règne de Henri IV, cette activité prend une grande importance au XVIIIe siècle. Les champs se complantent rapidement. En 1756, une mesure royale vient encourager cette culture : elle attribue une prime de 5 sols par pied de mûrier planté pendant 5 ans [1].
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Un grande partie des habitants de la commune s’emploie d’avril à août à l’élevage des vers et au filage de la soie. Il arrive souvent que les gelées printanières fassent périr les feuilles de mûrier et anéantissent la production. Dès la récolte des cocons, on allume les fourneaux des filatures. Il y en a un peu partout car les soies sont traitées presque sur place dans les hameaux. C’est surtout sous cette forme de soies filées qu’elles seront vendues. Les cocons sont préalablement passés dans des fours à pain pour tuer les chrysalides.
Les fileuses débrouillent les brins et les assemblent tandis qu’un enfant tourne aussi rapidement que possible, avec les deux mains, la manivelle du tour sur lequel vient s’enrouler la soie.

La vigne

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Cette culture étant souvent réservée à de petites parcelles, l’emploi des bêtes pour le labour est difficile. L’essentiel du labeur doit être réalisé "à bras". Les premiers travaux de printemps sont effectués au "bigot". Un deuxième binage est indispensable fin mai afin d’améliorer le rendement. Un grand nombre de journaliers est nécessaire pour accomplir ces tâches et les ouvriers agricoles sont nombreux. Certains possèdent un petit lopin de terre qu’ils cultivent le soir venu. Début septembre, les femmes relèvent les sarments pour hâter la maturité des raisins et permettre la circulation des moutons après enlèvement de la récolte.

L’olivier


Bien plus répandue sur les communes voisines de St Guilhem le désert et de St Jean de Fos, la culture de cet arbre millénaire est couramment pratiquée au causse. Se satisfaisant des terrains les plus pauvres ou les plus caillouteux, l’olivier est travaillé à la main sur des "traversiers" plus ou moins bien aménagés. La production est souvent irrégulière surtout pour les variétés locales qui en retour sont moins sensibles à la gelée.
Comme la vigne, l’olivier profite du fumier de bergerie, le "migou", qui en améliore le rendement. Le terrible hiver 1709 lui porte un coup fatal. Une gelée tardive anéantit l’ensemble des cultures. Il faudra attendre 15 ans pour retrouver des rendements significatifs.
D’autres catastrophes surviennent à une cadence infernale. Les hivers 1740, 1745, 1755, font de grands ravages. Les paysans découragés sont prêts à abandonner cette forme de culture au Causse.
Aux approches de la révolution, l’administration encourage le développement des olivettes et en 1788, l’intendant veut établir des pépinières gratuites.
La demande en huile est importante et le prix de vente de celle-ci augmente. La manière de traiter les olives est désormais plus soigneuse et, alors qu’auparavant, on laissait "cuver" celles-ci (c’est à dire pourrir) on les porte à présent tout de suite au moulin. Des noyaux pressés, coule une huile grossière, le grayon ; ce qui reste est vendu pour être brûlé. Les olives mises en conserve dans des jarres de St Jean de Fos ou des tonneaux font l’objet d’un commerce florissant. Gignac est le plus grand centre d’expédition. Il est envoyé par exemple 30 tonnes d’olives par an vers Bordeaux à la fin de l’ancien régime. Un bon olivier rapporte tous frais déduits quatre livres par an.

L’élevage


On a dit dans les précédents articles l’importance de cette activité pour notre commune et cela depuis les temps les plus reculés.
Les nombreux troupeaux transhument l’été puisque le "bétail menu" doit aller passer trois mois à la montagne ; traditionnellement, de la saint Jean à la
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saint Michel, chaque année, entre ces deux dates, les Consuls escortés du conseil politique font des visites chez les habitants et confisquent les bestiaux qu’ils y découvrent.
Les chèvres sont particulièrement visées car elles sont nuisibles aux jeunes arbres qu’elles dépointent.
En 1725, craignant de manquer de bois, les états du Languedoc promulguent un arrêté réglementant sévèrement le droit de Pâturage des caprins.
Les habitants élèvent aussi de nombreux cochons.

Le bois


Il existe différentes catégories de terrains boisés. Les devois sont des espaces "défendus" c’est à dire interdits aux troupeaux tant que les glands sont sur les arbres.
Les autres parcelles sont coupées tous les 12 ans environ pour fournir la population en bois de chauffage, pour confectionner du charbon de bois et alimenter les verreries forestières présentes au Causse.
Afin de respecter les racines et d’assurer la repousse des arbres, les coupeurs sont tenus d’utiliser une hache ou une serpe, à l’exclusion de toute masse ou pioche.
Les paysans conservent des avantages : ils peuvent prendre des ramilles, qui servent à chauffer les fours à pain, ramasser les graines de térébinthe pour nourrir les cochons, cueillir les arbouses, et surtout couper le buis qui sert de litière aux bêtes de somme ou de trait puis est utilisé comme engrais. Les champignons sont recherchés en fin d’été et conservés pour l’hiver. Les truffes sont très appréciées. Le cade fournit une huile excellente contre la gale du mouton.

L’écorçage et le charbon de bois


L’écorçage est pratiqué dès le printemps par les "ruscaïres" qui s’interrompent afin de se louer dans le "bas pays" comme saisonniers pour la moisson ou les vendanges. Le Causse ne peut en effet fournir un emploi sédentaire à toute une frange de travailleurs qui se louent en fonction des travaux et des saisons.
A l’automne, les "bouscatiers" entreprennent de nouvelles coupes de bois. Les déchets de coupe et le calcaire si abondant seront utilisés pour fabriquer de la chaux vendue aux tanneries d’Aniane ou de Ganges. Pour approvisionner ces industries en écorce, des "cardeurs" abandonnent leurs peaux pour un temps et se louent au printemps comme "ruscaïres". On leur donne de quoi acheter du blé, du lard, du vin. Leur salaire est de 160 sols pour une équipe de deux travailleurs et 47 sols par quintal d’écorce récolté.
Enfin, on fabrique du charbon de bois et une partie de la population vit dans la campagne en nomade.
Les charbonniers confectionnent des meules selon l’antique technique de transformation du bois en charbon. Ils vivent dans des cabanes rudimentaires et se déplacent en suivant les coupes de bois. A toutes ces activités agricoles et forestières, l’industrie apporte un complément fort appréciable et explique la densité relativement élevée de la population.

Le cadis

La production de ces petites étoffes de laine blanche est très active. En 1694, un inspecteur déclare qu’à Aniane, à St Guilhem et au Causse, on confectionne d’excellentes étoffes. "Ce sont les meilleurs cadis de la province, faits avec de la laine du pays qui est fort fine, sans aucun mélange. Ils sont très forts et plus chers que tous les autres. Ils ne se relâchent pas. Il y a 50 métiers qui en ont fait 700 pièces en 1693".
Ces étoffes appelées "Ras d’Aniane" se vendent bien dans le royaume. Les fabriquants de Lodève ou Clermont l’Hérault attirent à eux les ouvriers qualifiés des hauts cantons par des salaires attractifs. Cette industrie qui n’est pour les gens du Causse qu’une activité accessoire et complémentaire disparaîtra définitivement autour des années 1750.

Les peaux

Sous-produit de l’élevage, elles représentent un revenu non négligeable. Le Causse qui possède d’importants troupeaux fournit en peaux les nombreuses tanneries locales de St Jean de Buèges ou St Guilhem le désert.

Les verreries forestières

Quelques verreries ont fonctionné sur notre territoire. Les maîtres verriers, souffleurs de verre, sont de grands consommateurs de bois et leur industrie itinérante et épisodique emploie une importante main d’œuvre de bûcherons et de manœuvres. Cette activité disparaîtra avec l’ancien régime.

Les bas

Ils sont fabriqués soit en coton selon la technique utilisée par exemple par Jean Arboux, artisan qui débute son activité à St Guilhem en 1725 puis émigre vers Lodève, soit en laine comme le pratiquent de nombreux artisans installés au Causse dès 1720. Ces derniers utilisent l’ancien métier à bras pour confectionner leurs sous vêtements ; cette technique introduite à St Martin de Londres par Dominique Bancal, greffier consulaire, eut beaucoup de succès dans le canton. La fabrication des bas de soie s’y substituera cependant peu à peu.

Le verdet

La fabrication du verdet ou vert de gris est assurée par les femmes et les filles des familles les plus aisées. Elle consiste à mettre du vin dans un pot de terre rond et à placer au-dessus des bâtons découpés dans du cuivre rouge de Hambourg. On recouvre ensuite d’une couche de grappes de raisins sèches et par-dessus on place alors une couche de pièces de cuivre. On procède ainsi par couches successives, jusqu’à ce que le pot soit plein. On le couvre enfin d’un couvercle de paille, épais de trois doigts et on laisse agir pendant huit jours. La force du vin fait monter sur le cuivre une espèce de poudre verte. On retire les pièces que l’on fait sécher à l’air. Les femmes les raclent. Ce qui en sort est le vert de gris, substance utilisée dans la fabrication de la peinture.

Conclusion

Au XVIIIe siècle, Le Causse vit dans le cadre d’une économie agricole Sylvo-pastorale.
Les champs fournissent le blé qui battu sur l’aire et moulu au moulin de Bertrand ou de Figuières représente la base de l’alimentation humaine. L’avoine, l’orge, le seigle, récoltés en bonne quantité nourrissent les animaux, les ferragiales semées en grains mélangés permettent le "démarrage" des agneaux.
Chaque mas a son jardin qui produit pois, lentilles et surtout fèves (en rapport avec un certain sobriquet… que les anciens n’auront pas de mal à retrouver). La culture du mûrier se développe. Il semble qu’il y ait à cette époque deux classes distinctes : les
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propriétaires résidant surtout dans les hameaux (le village n’existe pas encore en tant que tel) et la multitude d’ouvriers agricoles, pastres, bouscatiers et charbonniers vivant essentiellement dans les bois plus ou moins misérablement et ne fréquentant la communauté que pour les fêtes religieuses ou civiles. Enfin le cheptel de moutons très important broute les prés et produit le fumier essentiel à la fertilisation des cultures. Toutes ces activités sont complémentaires les unes des autres et aboutissent à un équilibre écologique et humain.
Cette structuration des hommes et de leur espace, nous le verrons dans les prochains articles, va encore s’intensifier et atteindra son apogée au XIXe siècle. Puis, comme c’est souvent le cas dans l’histoire, la crise dans l’un des composants de cette économie millénaire va entraîner la chute de tous les autres et l’équilibre que l’on croyait stable et éternel va en fait se révéler précaire ; il ne sera jamais rétabli, sous sa forme initiale en tout cas.

P.-S.

Article de presse écrit par J.P. Pitot et A. Vareilhes - La Garrigue entre la Séranne et le Pic Saint Loup n°84 - Mars 1996
Introduction de l’article original : Suite de l’article paru dans le n°82… Nous avions évoqué dans nos précédentes parutions la création de nombreuses communautés agricoles au moyen âge, plus précisément, dans notre dernier numéro, nous relations la vie des mas qui constituaient au XVIIIe siècle l’essentiel de l’occupation humaine. Nous allons à présent observer en détail la structure de l’économie caussenarde et essayer de décrire la vie quotidienne des habitants à cette époque. De nombreuses informations contenues dans cet article proviennent du mémoire présenté en vue de l’obtention du diplôme d’études supérieures de géographie à l’Université de Montpellier en 1966 par Mme Jeanne Maurel que nous remercions une fois encore.

Cet article fait partie d’une série de trois : 1 - 2 - 3.

Avec l’aimable autorisation des auteurs.

Notes

[1N.D.L.R. Contrairement à ce que pourraient penser certains, les technocrates européens ne sont pas les inventeurs des subventions agricoles incitatoires…

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