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Le château de Cambous et son domaine agricole en 1914

mardi 27 avril 2010 , par Pioch Christian , Commenter

Marie Elisabeth Alexandrine Berthier, princesse de Wagram (1849-1932), épouse depuis 1874 d’Etienne Guy, marquis de Turenne d’Aynac (1837-1905), avait acheté en 1889 aux héritiers Vogüé, moyennant 600 000 francs, le château de Cambous, à Viols-en-Laval, et les immenses domaines qui en dépendaient alors, effectuant par la suite quelques petites transactions supplémentaires (acquisitions, ventes ou échanges).

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Château de Cambous en 2009

Son époux devait y décéder en 1905.

Les dettes colossales accumulées ensuite par la marquise de Turenne, notamment auprès de la Séquanaise-Capitalisation, à qui elle devait depuis 1910 pas moins de 300 000 francs-or, sans parler des près de 700 000 francs-or dus en 1912-1914 à vingt autres créanciers, amènent les tribunaux à ordonner fin 1913 la vente aux enchères publiques du château de Cambous et des diverses terres qui en dépendaient.

Ainsi, comme suite à un jugement rendu le 24 décembre 1913 par le Tribunal civil de Montpellier, en réponse à la requête présentée par la Séquanaise-Capitalisation et à divers exploits d’huissier notifiés entre le 21 et le 26 novembre 1913, le journal montpelliérain L’Eclair publie sur deux pleines pages, le mercredi 21 janvier 1914, une annonce relative à la « Vente volontaire, aux enchères publiques, sur conversion » de l’immense domaine de Cambous, d’une superficie totale d’environ 24 km², en bois, pâtures et cultures.

Selon cette annonce, l’adjudication devait être effectuée le 16 février 1914 au Palais de justice de Montpellier, le tout étant divisé en trois lots distincts :

  • 1) le domaine et château de Cambous, domaine de Lavit compris (dont les vestiges de Calages), de l’article 1 à l’article 90, compris dans les communes de Viols-en-Laval, Cazevieille, Les Matelles, Murles et Viols-le-Fort ;
  • 2) la campagne dénommée Cantagril[s], de l’article 91 à l’article 144 bis, comprise dans les communes d’Argelliers et Viols-le-Fort ;
  • 3) le domaine dit de la Porcaresse, de l’article 145 à l’article 174, compris dans les communes de Saint-Martin-de-Londres et du Mas-de-Londres.

Les trois domaines qui composent alors le domaine de Cambous, pris au sens large (les trois lots), sont minutieusement décrits l’un après l’autre à travers 174 articles. Ceux-ci correspondent chacun à une ou plusieurs parcelles cadastrales, les numéros donnés étant toutefois ceux du cadastre ancien, réalisé en 1828-1832 pour les communes concernées, non ceux du cadastre moderne.

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Le château de Cambous en 1832
Arch. de l’Hérault, 1 J 1292, atlas des propriétés du comte de Vogüé en 1832, photographie de l’auteur

Superficies des terrains vendus en mars 1914 à Pierre Leroy-Beaulieu par la marquise de Turenne

Le Mas-de-Londres 50 ha 53 a 56 ca
Les Matelles 72 ha 26 a 00 ca
Murles 62 ha 08 a 90 ca
Cazevieille 62 ha 90 a 09 ca
Viols-le-Fort 141 ha 48 a 00 ca
St-Martin-de-Londres 225 ha 60 a 80 ca
Argelliers 392 ha 48 a 00 ca
Viols-en-Laval 1 390 ha 10 a 44 ca
Total 2 397 ha 45 a 79 ca

Ce document du 21 janvier 1914 est extrêmement intéressant pour les détails fournis sur les bâtiments mis en vente, bien plus que ne le sera en mars 1914 l’acte notarial relatif à la vente effective du domaine. Ils complètent pour le château ce que l’on en savait par les inventaires réalisés en 1808 au décès de sa dernière seigneuresse, Marguerite Rigal.
On s’en tiendra ci-après aux données relatives aux parcelles bâties telles que décrites en janvier 1914, en commençant par celles incluses dans le lot n° 1, c’est-à-dire le château et ses annexes immédiates, proches ou plus lointaines.

A l’article 1, commune des Matelles, vient tout d’abord une pièce de terre boisée de plus de 72 ha, sise au Bois de Las et Taillades de Conques (n° D 1 du plan cadastral ancien, pour 1832, des Matelles). Elle comporte, « à une centaine de mètres de la route, un bâtiment de construction récente, construit en pierre rassié, chaux et sable, dans lequel on accède par deux ouvertures, et qui sert d’abri et de pied-à-terre à une Société de chasse, qui a affermé ledit bois ». C’est l’actuel Relais des Chênes, la route de Montpellier à Ganges indiquée au plan de 1832, alors située à l’est de ce relais, étant fort différente de celle de 1914 et d’aujourd’hui, le tracé du début du XIXe siècle empruntant en effet le chemin se faufilant, à l’est du relais, entre les cotes 251 et 298 de la carte I.G.N., alors que la route actuelle passe plus à l’ouest, laissant le relais sur sa droite.

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Le château de Cambous en 1832

A l’article 8, commune de Viols-le-Fort, au lieudit Moulin à vent (n° B 664 et 665 du cadastre ancien, pour 1829, de Viols-le-Fort), « se trouvent les ruines d’un vieux moulin et une maison d’habitation de construction ancienne, construite en pierres rassié, chaux et sable, recouverte en tuiles creuses et qui sert de logement et est habitée par un domestique  ».

A l’article 26, commune de Viols-en-Laval, au hameau de Peyre (Peyres Canes) existe un sol de maison correspondant à une ancienne maison ruinée bien avant 1914 (n° A 172 du plan cadastral ancien, pour 1829, de Viols-en-Laval).

Les abords immédiats du château de Cambous viennent ensuite. A l’article 31, à travers une pièce de terre vague « se trouvant devant le château  » (n° A 31), il est ainsi question du terrain compris au nord de l’actuelle route pour qui arrive de l’est (depuis la route de Montpellier à Ganges), la route moderne passant à Cambous, différente de celle du cadastre de 1829, ayant été réalisée en 1858-1863. Ce terrain correspond aujourd’hui à l’angle sud-est du parc actuel, que traversait depuis des temps immémoriaux l’ancienne route de 1829, et à la place de la mairie, avec ses aménagements modernes d’accès à la localité :
« Cette pièce de terre est située sur la route de Cambous à Viols et se trouve en face le château. Elle est en élévation et clôturée par des barres en fer qui forment, pour l’extérieur, la clôture de l’entrée du château. La partie longeant la route est couverte de gazon et l’on y trouve vers le milieu un moulin à vent situé sur réservoir souterrain qui alimente d’eau le château. La partie longeant la grille et les bâtiments du château forment le chemin [d’accès au château] (c’est-à-dire l’ancien chemin public de 1829 antérieur à la route moderne). C’est par cette pièce que l’on a accès dans les bâtiments de droite du château où se trouvent [côté sud] la ferme, les écuries et les bergeries » (soit les actuels bâtiments au sud du château et extérieurs à celui-ci).

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Plan du château et du parc de Cambous en 1832
Arch. de l’Hérault, 1 J 1292, atlas des propriétés du comte de Vogüé en 1832, d’après le cadastre de 1829 colorisé, photographie de l’auteur

On prendra garde toutefois à ne pas confondre cet ancien moulin à vent, porté au cadastre de 1935 mais non à celui de 1829, avec les vestiges du puits-citerne, intérieur au château, cité en 1550, qui furent transplantés dans le parc du château vers 1986-1988 et dont il sera question plus loin, à l’article 34 ci-après.

A l’article 32, il est question du bâtiment, agrandi depuis, qui est aujourd’hui le restaurant Le Sounal, ancienne bergerie sise à droite du chemin menant au site préhistorique (n° A 31 bis), sur un terrain de 3 ares 30 centiares.

A l’article 33 (n° 32 du plan de 1829), il est question d’un terrain clos de 16 ares 40 centiares, correspondant à une petite partie du parc, à l’est et au nord du château, du côté de l’actuelle mairie, entre le château et la chapelle de 1848.

Le château lui-même est visé à l’article 34 (n° A 33 du plan de 1829), comprenant le sol du château, maison, bâtiments ruraux, jardin et cour, représentant en tout 48 ares 90 centiares, avec des bâtiments pour la plupart aujourd’hui disparus :

« Le château comprend un grand bâtiment de forme carrée, ayant à ses extrémités (il s’agit de celles du donjon) quatre petites tourelles avec créneaux et donjon au milieu. Il est élevé de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée, avec vues et croisées aux étages supérieurs, sur ses quatre faces, de style et constructions anciens, et se trouve relié au nord à divers bâtiments (aujourd’hui disparus, détruits en 1945-1950).
L’entrée principale du château donne dans une cour (le devant actuel du château, côté ouest) où se trouve un petit jardin et fait face au couchant. Au fond de la cour (côté sud) se trouvent d’autres bâtiments (aujourd’hui existants) affectés à des ateliers et magasins. Il [y] existe également une écurie pour les chevaux.

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Le château et son environnement d’après le cadastre de 1935
(Arch. communales), utilisé lors de la confection du P.O.S. de 1984
Ce plan montre nombre de bâtiments aujourd’hui disparus


Le rez-de-chaussée du château, proprement dit, comprend une grande cuisine et ses dépendances, plusieurs caves (de plain-pied, sans sous-sol), vestibule et une galerie vitrée donnant dans une cour située à l’intérieur du château (l’actuel cloître de l’évêque) où se trouve une citerne avec pompe (la margelle transférée en 1986-1988 dans le parc). Il existe également une grande salle à manger (l’actuelle salle de la baronne Rigol de Cambous, côté sud), près de laquelle se trouve un escalier, conduisant aux étages supérieurs, et un salon.
Au premier étage, sur le devant (côté ouest, actuelle salle de la marquise de Turenne), il existe un grand salon, deux chambres et deux cabinets de toilette. A droite, deux grandes chambres, et à gauche, également, deux chambres.
Au deuxième étage, sur le devant, se trouvent une salle servant de bibliothèque et deux chambres, à droite deux [autres] chambres et à gauche deux [autres] chambres et la lingerie.
Dans le donjon, au-dessus, se trouvent trois chambres pour les domestiques.
Chaque pièce comprend une ou plusieurs ouvertures, selon sa grandeur, qui donnent soit à l’extérieur, soit à l’intérieur du château. Sur le côté droit et attenant au château, se trouve la serre ou orangerie (démolie vers 1945-1950, alors située entre le château et l’actuelle mairie), faisant face au midi et donnant dans un petit jardin clôturé par un mur surmonté d’une grille en fer, clôturant à cette partie le château.
Sur la partie gauche du château, dans la cour, se trouve un autre bâtiment (aujourd’hui disparu) affecté aux domestiques.
La cour est complètement clôturée et fermée par un grand portail en fer (aujourd’hui disparu, situé un peu à l’ouest du bâtiment sud formant annexe du château).
Sur la tourelle de gauche du devant (tour sud-ouest, à droite en regardant le portail d’entrée armorié), et faisant face à la cour, se trouve le cadran d’une horloge et sa cloche au-dessus  ».

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Le château et son environnement aujourd’hui
Composition de l’auteur d’après le cadastre moderne

A l’article 35, il est décrit une partie de l’actuel parc du château à travers une vaste parcelle de 6 hectares 96 ares 60 centiares (n° 34 et 34 bis du plan de 1829), où se trouve la chapelle extérieure érigée en 1848 et où se trouvaient divers bâtiments ruraux, aujourd’hui disparus, aménagés à chaque angle de l’ancienne cour occidentale du château, bien visibles sur les plans de 1829 et 1935 :
«  Cette pièce de terre qui clôture le château sur le derrière et au nord, a sur le derrière un bâtiment affecté à une chapelle donnant dans le parc (encore existante).
A droite et parallèle au château, se trouve un bâtiment (au nord de la cour et aujourd’hui disparu) élevé, sur une partie, d’un premier étage et affecté à la ferme. Au rez-de-chaussée se trouvent des écuries (le tout visible sur les plans de 1829-1935).
En face de ce bâtiment, au fond, et séparé par une cour, se trouvent deux grands bâtiments et un hangar (aujourd’hui disparus) affectés à la bergerie, de construction récente (postérieurs au plan de 1829 mais visibles sur les plans de 1935).
A la suite, et plus au midi, se trouvent un autre bâtiment affecté à la bouverie, vacherie, et à l’extrémité duquel se trouve le logement d’un régisseur (pour partie postérieur au plan de 1829 mais visible sur les plans de 1935) »

A l’article 49 est évoqué un sol de bâtiment (n° B 27), au sud du château, qui était situé dans le terrain compris entre l’actuelle route et l’ancien chemin longeant le château, à l’intérieur du parc actuel.

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Porte du château de Cambous vers 1890-1900
Avec apposition des armes des Turenne (collection de l’auteur)

Les ruines de l’ancien mas de Calages sont ensuite sobrement évoquées à partir de l’article 74 visant « un sol de maison et cour », « en nature de bâtiment rural, bergerie et cour », de 17 ares 20 centiares en tout (n° 68 du plan de 1829). Il est simplement précisé : « Sur cet emplacement se trouve un bâtiment servant de bergerie avec le logement du berger. Il est de construction ancienne ».

L’immense pigeonnier de Calages, au sud de la bergerie, est sobrement évoqué à l’article 75 visant une pièce de terre de 8 ares 40 centiares « avec sol de bâtiment », « en nature de terre labourable [et] pigeonnier » (n° 69 du plan de 1829). Il est simplement précisé : « Sur cet emplacement se trouvent des ruines d’un ancien bâtiment ».

Le mas de Lavit, alors habité, contrairement à Calages, est ensuite évoqué à l’article 79 (n° B 74 du plan de 1829) visant un « sol de maison », « en nature de sol de maison, bergerie et cour », de 9 ares 90 centiares en tout. Le descriptif donné est le suivant : « Sur cet emplacement se trouvent construits deux bâtiments ruraux (trois sur le plan de 1829), construits en pierre rassié, chaux et sable, recouverts en tuiles creuses (on en trouvera une photographie dans l’édition de L’Eclair du 16 octobre 1937), l’un affecté aux écuries et à la bergerie, et l’autre à l’habitation du berger et à un bayle (lire payre) qui y habitent. Il existe quatre ouvertures au rez-de-chaussée et trois au premier étage où se trouve également un grenier à foin  ».
Tous les bâtiments cités ci-dessus étaient compris dans le lot n° 1.

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Cambous et son jardin de roses en 1908
(collection de l’auteur)
Carte postale adressée en 1908 à Mlle Rose Gervais, 29 avenue des Casernes, à Béziers, par divers membres de sa famille, dont trois enfants : Louison, « petit paresseux » qui est « heureux comme un roi » mais dont il faut se faire le porte-plume, François, et Charlot 1er (Louis, François et Charles), le dernier montrant sur la vue la fenêtre de la chambre où il loge, un autre des correspondants disant qu’au château « nous ne nous faisons pas de bile, nous sommes contrain[ts] de licher des bocks ».
Le jardinier visible sur cette vue cultive vraisemblablement une variété de roses qui est aujourd’hui commercialisée par la collection Guillot, laquelle dans son catalogue de fleurs anciennes, un rosier thé dénommé « Mme Wagram ou comtesse de Turenne » (obtention Bernaix de 1895). Le bâtiment sur la gauche n’existe plus de nos jours, détruit vers 1945-1950.

Le lot n° 2 vient ensuite, à partir de l’article 91, en ce qui concerne la « campagne dénommée Cantagril », c’est-à-dire Cantagrils, principalement sise commune d’Argelliers, avec quelques parcelles commune de Viols-le-Fort. Le mas lui-même est visé à l’article 103, relatif à « un sol de maison, bâtiments ruraux et cour  », de 19 ares 60 centiares en tout (n° E 111 du plan cadastral ancien, pour 1828, d’Argelliers). Le descriptif donné est le suivant :
« Sur cet emplacement, où se trouve construite la campagne dénommée Cantagrils, les écuries, bergeries et habitation du payre sont de construction ancienne et les magasins de construction plus récente. Le tout est construit en pierres rassié, chaux et sable, et recouvert en tuiles creuses (le plan de 1828 indiquait une seule bâtisse).
La campagne se trouve sur la hauteur, à 5 kilomètres environ de Viols-le-Fort, et l’on y accède par un chemin de service qui prend naissance au chemin non classé de Viols-le-Fort à Murles.
La partie du bâtiment ancien comprend deux ouvertures au rez-de-chaussée et deux au premier étage où se trouve le grenier à foin. La partie du logement du payre est également élevée d’un étage et comprend deux ouvertures au rez-de-chaussée, donnant dans la cour, et une au premier étage, par où on accède par un escalier en pierre froide situé au dehors. On accède dans le bâtiment faisant suite à ce bâtiment par une grande porte donnant au commencement de la cour.

En face de ces bâtiments, se trouve élevée une autre construction servant d’écurie où se trouve un puits, ou citerne, avec sa pompe. En face, se trouve également un petit bâtiment affecté actuellement à des cochons  ».

Le domaine de Cantagrils comprend également une annexe sise au hameau de Saugras, objet de l’article 124 relatif à un «  sol de maison  », sans référence cadastrale indiquée, de 70 centiares : « Ce bâtiment est construit en pierres rassié, chaux et sable, et recouvert en tuiles rouges. Il est de construction ancienne, et sert d’habitation au jardinier » (sa superficie permet néanmoins de savoir qu’il s’agissait de la maison n° F 147 du plan cadastral ancien, pour 1828, d’Argelliers, les autres maisons ayant appartenu aux comtes de Vogüé n’étant plus citées puisque déjà vendues).

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L’orangerie de Cambous vers 1900-1910
(copie de carte postale)
On distingue sur la droite une maison donnant sur l’ancien chemin de St-Martin, qui deviendra en 1956 la mairie de Viols-en-Laval
(un escalier d’accès à l’étage ayant été construit depuis le long de la façade).
Le corps de bâtiment reliant le château à cette maison, aujourd’hui disparu, détruit vers 1945-1950,
avec ses cinq arcatures méridionales, constituait alors, vers 1900-1910, l’orangerie du château.
Des palmiers, encore visibles sur une photographie de 1940, orneront les côtés d’un portail d’accès au domaine,
à gauche de la présente photographie.

Vient enfin, à partir de l’article 145, le tour du lot n° 3, domaine dit de la Porcaresse, c’est-à-dire la Pourcaresse, sis pour l’essentiel commune de Saint-Martin-de-Londres, le reste commune du Mas-de-Londres.

Le mas fait l’objet de l’article 160, relatif à « une pièce de terre, en nature de herme ou aire », de 6 ares 80 centiares (n° C 490 du plan cadastral ancien, pour 1829, de Saint-Martin-de-Londres), qui fait suite à une autre pièce de terre visée à l’article 159 :
« Cette parcelle de terre (article 160) et la précédente font face et se trouvent devant la maison édifiée sur le numéro 491 et où se trouve la bergerie.
L’ensemble des constructions forme deux bâtiments vis-à-vis l’un de l’autre et reliés au midi par un grand hangar (le plan de 1829 indique seulement deux bâtiments séparés par une cour).
On accède à la bergerie par un grand portail en fer. Dans le bâtiment de droite, qui est élevé d’un premier étage, se trouve vers le nord un grenier à foin et à suite, le logement du berger. Au rez-de-chaussée, se trouvent les écuries. Il existe de ce côté-là deux ouvertures au premier étage et deux au rez-de-chaussée. Dans le bâtiment de gauche affecté spécialement à la bergerie, il y a deux ouvertures.
Le tout est construit en pierre rassié, chaux et sable, et recouvert en tuiles creuses. La bergerie est principalement construite en voûtes. Les diverses parcelles qui entourent la bergerie (incluse dans la parcelle n° C 492, en périphérie de celle-ci), sont clôturées en pierres sèches, et l’on y remarque quelques mûriers. Le sol (de cette parcelle n° C491) est d’une contenance de 9 ares 10 centiares.

Aux diverses propriétés bâties ou non bâties visées aux articles 1 à 174, s’ajoutent divers immeubles par destination.

En janvier 1914, le lot 1 (Cambous, Lavit et Calages) comprend ainsi 1 700 brebis (du moins en principe, car près de 3 800 ovins sont cités à Cambous et ses annexes en mars 1914), neuf chevaux avec harnais pour charrette et labour, six paires de bœufs, sept vaches et un taureau, trois truies et un porc, un âne et une petite charrette, le tout étant mis à prix, avec les terres et bâtiments, pour la somme de 50 000 francs (Mais les cheptels ovins sont manifestement sous-évalués, et donc une partie cachée aux huissiers, comme il apparaîtra quelques semaines après lors de la vente effective du domaine).

Le lot 2 (Cantagrils), comprend ainsi six chevaux (deux robes noires et quatre bais), avec harnais pour labours et charrette, quinze foudres à vin (un de 115 hl, un de 140 hl, un de 145 hl, , cinq de 150 hl, un de 155 hl, trois de 195 hl, deux de 210 hl et un de 205 hl), un grand pressoir, deux pompes usagées et leurs accessoires, deux fouloirs, six demi-muids, une pompe catalane, deux pulvérisateurs à dos de mulet, trois charrettes (une grande, une moyenne et une petite), le tout étant mis à prix, avec les terres et bâtiments, pour 40 000 francs (On rappellera ici que les Turenne produisaient bon an mal an, en 1907-1914, 2 500 hectolitres de vins à Cantagrils, plus 1 500 hectolitres produits sur leurs terres de Viols-en-Laval).

Enfin, le lot 3 (Pourcaresse) comprend 100 béliers, un âne et une petite charrette, le tout étant mis à prix, avec les terres et bâtiments, pour la somme de 10 000 francs.

La mise à prix des trois lots confondus représente ainsi 100 000 francs, alors que les dettes totales avoisinent le million de francs et que le domaine avait été payé 600 000 francs en 1889…

Un acheteur se fera cependant connaître avant la date fatidique du 16 février 1914, le député Pierre Leroy-Beaulieu faisant l’acquisition de Cambous et de la quasi-totalité du domaine, moyennant 480 000 francs, par acte du 13 mars 1914, avec effet rétroactif au 15 février. Le même jour, moyennant 5 000 francs, une toute petite partie du domaine était vendu à un Montpelliérain, Jean Gouzy.

Avec 485 000 francs de recette, le désastre financier n’était ainsi comblé qu’à moitié, loin en-deçà des dettes accumulées depuis 1910 et du prix payé en 1889…

Pour comparaisons, le prix d’un cheval de guerre était estimé à 1 200 francs-or en 1914, le prix d’un quotidien comme L’Eclair (six pages en temps normal) étant de 5 centimes seulement.

Le mouton de première qualité se négociait quant à lui, en mars 1914 à Paris (marché aux bestiaux de Lavillette), de 2,40 à 2,90 francs le kilo, la peau de mouton se négociant, selon sa qualité, de 3,50 à 7,50 francs.

Le revenu cadastral (base fiscale) du mas de Lavit était en 1914 de 75 francs pour le bâti, et celui de la bergerie de Calages de 4,30 francs seulement. Celui du mas de Cantagrils était de 30 francs et celui du mas de la Pourcaresse était de 60 francs, alors que celui des annexes du château visées à l’article 35 était fixé à 35,63 francs pour l’article 35, celui du château et de ses autres annexes de l’article 34 étant par contre fixé à la coquette somme de 1 245 francs.

Cette vente du 13 mars 1914 à Pierre Leroy-Beaulieu comportera tous les immeubles par destination qui étaient attachés à l’exploitation des dits domaines et château, sans aucune exception ni réserve, ainsi que tout le mobilier et meubles meublants garnissant le château et les fermes, en un mot tout ce qui était situé dans le château ou le domaine et ses dépendances, sans rien excepter ni réserver, sauf quelques éléments spécifiés ci-après. Ne font pas ainsi partie de la présente vente de mars 1914, et ce à titre d’exception :

  • les tableaux de famille (mais on sait néanmoins que certains resteront sur place) et ceux de la famille impériale (les Berthier de Wagram) ;
  • une armoire à glace à trois corps et une toilette ; l’argenterie et la vaisselle ou verrerie armoriées ; le linge personnel et de maison ;
  • une chambre à coucher appartenant à Mme la baronne de La Tournelle (une des filles de la vendeuse, la cadette, alors divorcée du baron de La Tournelle depuis 1909 ; la seconde, l’aînée, vivant quant à elle séparée du comte de Toulouse-Lautrec - Montfa dont elle divorcera en 1916) ;
  • un petit meuble à fusils, le vin en cave, deux fauteuils Voltaire, la tapisserie, le cheval personnel avec Victoria, les automobiles et les gravures anglaises de la salle à manger.

Mme la marquise de Turenne déclare avoir en sa possession le mobilier qu’elle s’est ainsi réservée. Les immeubles par destination compris dans la présente vente de mars 1914 comportent par contre les cabaux de toutes espèces et notamment le cheptel suivant, arrêté à dix ou quinze bêtes ovines près, en plus ou en moins :- 2 350 brebis, 100 béliers, 25 moutons et 1 300 agneaux (soit 3 775 ovins en tout, alors que l’annonce de janvier 1914, après camouflage d’une partie du cheptel, ne citait que 1 700 brebis à Cambous et 100 béliers à la Pourcaresse !) ;

  • six paires de bœufs, deux ânesses, quinze chevaux, cinq vaches, deux génisses, deux veaux, un taureau ;
  • trois truies et leurs petits, deux porcs et la volaille ;
    plus tous les instruments agricoles et viticoles, ainsi que la vaisselle vinaire, en un mot tout ce qui sert pour l’exploitation du domaine (moins cependant diverses choses qui ne seront précisées qu’en fin d’acte, sans doute par désaccord au sujet de frais laissés à la charge de la venderesse, soit quatre coupes de bois à déduire, plus 100 brebis de réforme et 400 agneaux qu’elle se réserve).

Par ailleurs, ne sont pas compris dans la présente vente quelques parcelles vendues par la marquise de Turenne à M. Jean Gouzy, propriétaire, demeurant à Montpellier, aux termes d’un acte de vente du même 13 mars 1914.


Population de Cambous en 1911 d’après Arch. de l’Hérault, 6 M 808 (relevé de l’auteur) :

Ménage n° 1 :
1 - Marie Elisabeth [Berthier] de Wagram, marquise de Turenne d’Aynac (née en 1849, Boissy-St-Léger, Seine-et-Oise), chef de ménage, cultivateur, vigneron et propriétaire, patron.
2 - Firmin André (1875, Aynac, Lot), domestique, valet de chambre.
3 - Jeanne Barra (1891, Aynac, Lot), domestique, femme de chambre.
4 - Rosa Labarrique (1884, Arthez-d’Asson, Lot, lire Pyrénées-Atlantiques), domestique, femme de chambre.
5 - Antoine Desprat (1892, Aynac, Lot), domestique, valet.

Ménage n° 2 :
6 - Gustave Barra (1877, Aynac, Lot), chef de ménage, cocher de la marquise de Turenne.
7 - Andrée Barra (1906, Viols-en-Laval), sa fille.

Ménage n° 3 :
8 - Léopold Marty (1873, La Gineste, Lot), chef de ménage, jardinier de la marquise de Turenne.
9 - Marie Roubert (1874, Aynac, Lot), sa femme, lingère de la marquise de Turenne.
10 - Marielle Marty (1910, Viols-en-Laval), son enfant.
11 - Hortense Marty (1904, Aynac, Lot), son enfant.
12 - Ida Marty (1908, Viols-en-Laval), son enfant.
13 - Gabrielle Marty (1897, Viols-le-Fort), son enfant.

Ménage n° 4 :
14 - Jean Bouyssie (1884, Mayrinhac, Lot), chef de ménage, charron de la marquise de Turenne.
15 - Marie Rougié (1864, Cornac, Lot), sa femme, cuisinière de la marquise de Turenne.

Ménage n° 5 :
16 - Marius Reboul (1882, Viols-le-Fort), chef de ménage, régisseur agricole de la marquise de Turenne (il sera tué à la guerre en 1915)
17 - Léocadie Claparède (1889, Viols-le-Fort), sa femme.

Ménage n° 6 :
18 - Alphonse Gabarel (1855, Causse-de-la-Selle), chef de ménage, ramonet (contremaître) de la marquise de Turenne.
19 - Nathalie Gabarel (1861, St-Bauzille-de-Putois), sa femme, femme de ménage de la marquise de Turenne.
20 - Baptiste Plagnes (1880, Le Bleymard, Lozère), berger de la marquise de Turenne.21 - Justin Plagnes (1883, Le Bleymard, Lozère), berger de la marquise de Turenne.
22 - Jean Valentin (1881, Rabieux, Lozère), berger de la marquise de Turenne.
23 - Antoine Salles (1855, Villedieu, Lozère), berger de la marquise de Turenne.
24 - Joseph Garrel (1885, Badieux, Lozère), berger de la marquise de Turenne.
25 - Antoine Panis (1886, Réquista, Aveyron), berger de la marquise de Turenne.
26 - Jean Canet (1884, Gramat, Lot), charretier de la marquise de Turenne.
27 - François Galliere (1892, St-Etienne-du-Valdonnez, Lozère), berger de la marquise de Turenne.
28 - Firmin Barra (1896, Figeac, Lot), garçon de ferme de la marquise de Turenne.
29 - Marie Barra (1854, Figeac, Lot), laitière de la marquise de Turenne.
30 - Gabriel Maury (1894, Aynac, Lot), aide-jardinier de la marquise de Turenne.

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