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Le Manse de Cairol (5/7) : les dépotoirs et leur datation

dimanche 14 août 2005 , par Genty Pierre-Yves , Commenter

Une exploitation minière médiévale des XII-XIVe siècle, près de Montpellier

Du mobilier a été repéré un peu partout sur le site mais en faible abondance, sauf en trois endroits plus faciles à prospecter où, relativement abondant [1], il semble indiquer l’emplacement de zones de rejet de déchets domestiques. Le mobilier dispersé concerne essentiellement des tuiles courbes et quelques fragments de céramiques communes dites "oxydantes polies" [2], s’y ajoutent un rebord caractéristique de marmite en "céramique vernissée de l’Uzège" et un fragment de poterie à pâte grossière de couleur gris-brun avec cordons digités multiples [3].

  Zone dépotoir 1

Cet intéressant ensemble de tuiles et de céramiques se situe dans la partie basse du site sur des affleurements rocheux, en bordure du cône de déblais de la première unité d’exploitation minière. Il se trouve peu en dessous des dernières constructions dont il doit représenter un dépotoir lié à la vie domestique.
Le mobilier constitué de plus d’une centaine de fragments de poteries comprend une forte proportion de "céramiques oxydantes polies" (75,4 %) représentées par des bords, des anses, des fonds carénés et bombés. Ce mobilier de couleur rouge-orange montre de nombreuses vacuoles en surface et prend parfois une teinte brun foncé sur la paroi externe. S’y ajoutent quelques fragments de céramique grise, de texture fine, que nous attribuons au groupe dit "céramique réductrice à décors plastiques", et de céramiques vernissées du Montpelliérais [4] et de l’Uzège (4,8 %), plus quelques autres catégories peu représentées.

  Zone dépotoir 2


L’ensemble a été reconnu dans une coulée d’éboulis, en sous-bois et entre des émergences rocheuses, à une quinzaine de mètres du précédent. Il pourrait, comme le premier, faire partie d’un même dépotoir difficile à repérer dans sa globalité en raison des conditions d’exploration.
Comme dans le cas précédent, les tuiles courbes et les "céramiques oxydantes polies" (83,9 %) sont largement dominantes, quelques céramiques vernissées (5,4 %) s’y mêlent, par contre apparaissent ici des fragments de récipients de verre de couleur bleutée et d’aspect pâteux.

  Zone dépotoir 3


Elle se rapporte à l’habitat central et se trouve dans un espace supposé correspondre à une cour ; le mobilier était plaqué sur la roche même, contre le mur de limite de cet espace, tout à côté de la tour principale.
Le mobilier comprend ici beaucoup de fragments de céramique vernissée de l’Uzège (38,8%) et du Montpelliérais (21,4 %), ainsi que de la céramique à pâte fine et à cuisson oxydante (18,4%) dont une partie pourrait peut-être s’identifier avec de la céramique à glaçure vert vif ou avec des "céramiques à décor vert et brun", catégories qui auraient perdu leur vernis en raison du long séjour en surface. Ici la céramique "oxydante polie" est tout à fait résiduelle (2 %). Quelques autres catégories de céramiques hétéroclites s’ajoutent aux principales séries.

  Réflexions sur la datation du mobilier

Malgré les incertitudes pesant sur la fiabilité d’ensembles étalés en surface, inhérentes à l’histoire de leur constitution, on peut souligner tout de même la présence de deux groupes de données très différents, le premier relatif aux dépotoirs de la pente (dép. 1 et 2) et le second relatif au dépotoir sommital (dép. 3). Globalement, les premiers ensembles sont fortement dominés par les "céramiques oxydantes polies du Montpelliérais" et ne renferment que très peu de vernissées, à l’inverse, le dernier comprend une majorité de cérami¬ques vernissées au détriment d’une infime proportion "d’oxydantes polies".
Comme ni les uns ni les autres des ensembles collectés ne renfermant de fragments des catégories de céramiques réductrices médiévales traditionnellement reconnues dans la même région (parmi lesquelles il ne faut pas inclure les réductrices à décor plastique), et au regard de l’état des connaissances sur la diffusion et la datation attribuées à ce mobilier [5], on supposera que le site ne devait pas être fréquenté au XIe siècle. Nous garderons néanmoins une certaine prudence sur l’attribution de cette limite ancienne de datation, en tenant compte de l’envahissement du terrain par des éclats de calcaire gris, qui peut fausser les collectes de céramiques réductrices au profit des céramiques colorées dans les rouges.
Les catégories objectivement utilisables pour une approche de datation sont donc ces "oxydantes polies" et les deux catégories vernissées de l’Uzège et du Montpelliérais, à défaut de céramiques ornées qui semblent se dégrader fortement en surface du sol. Dans notre étude simultanée sur la ferme de Mortiès Nord, nous avons dressé un état des lieux concernant les ensembles archéologiques de la région de Montpellier qui associaient en différentes proportions les unes et les autres de ces trois grandes catégories de mobilier, et avons montré la succession chronologique indubitable, et sans hiatus, des vernissées par rapport aux "oxydantes polies", tout en proposant une datation de cette dernière empiétant largement sur le XIIIe siècle. Nous avons également souligné l’ample répartition dans le Montpelliérais des céramiques vernissées de l’Uzège au cours de la 2e moitié du XIIIe et de la 1ère moitié du XIVe siècle.
Au regard du mobilier découvert on penchera ainsi globalement pour une occupation située sur le XIIe - 1ère moitié du XIIIe siècle, d’après la présence de la céramique "oxydante polie" à l’emplacement des dépotoirs de pente, poursuivie naturellement sur la seconde moitié du XIIIe siècle, et certainement prolongée encore dans le courant du XIVe siècle, d’après les proportions de mobilier du dépotoir sommital.

P.-S.

Avec l’aimable autorisation de Pierre-Yves Genty. Dactylographie : Sylvie Rouquette.

Cette page est un chapître de l’article "Le manse de Cairol, une exploitation minière médiévale des XIIe-XIVe siècles, près de Montpellier". Sommaire et liens vers autres chapîtres :

Notes

[1Ces dépotoirs 1, 2 et 3 sont caractérisés respectivement par 126, 56 et 98 fragments de poteries.

[2Cette céramique qui commence à être mieux caractérisée a été retrouvée en plusieurs points des environs de Montpellier et décrite récemment dans plusieurs notices scientifiques : C.A.T.H.M.A. sous la coordination de Leenhardt (M.), Raynaud (C.) et Schneider (L.).

  • Céramiques languedociennes du Haut Moyen âge (VIIe - XIe s.)
  • Etudes micro-régionales et essai de synthèse. Archéologie du Midi médiéval, 11, 1993, p. 111-228.
  • Notice sur Argelliers, le Mas Viel, par Leenhardt (M.), Raynaud (C.) et Schneider (L.), p. 163-165 ;
  • Notice sur Argelliers, Les Rabassiés, par Ginouvez (O.), p. 164-166 ;
  • Notice sur Fabrègues, St-Martin-de-Coulombs, par Paya (D.), p. 170-171.
    Nous avons consacré un développement particulier sur sa datation et sa distribution dans un article à paraître dans de même ouvrage : Genty (P.-Y.) - Mortiès Nord : une petite ferme médiévale complète de la seigneurie de Montferrand (St-Jean-de-Cuculles, Hérault).

[3Cette catégorie, peu connue, semble avoir été décrite pour la première fois en contexte daté, sur la verrerie de la Seube : Lambert (N.). La verrerie médiévale forestière de la Seube - Claret (Hérault). Archéologie en Languedoc, 5, 1982-83, p. 177-244.

[4Op. cit. Genty (P.-Y.), 1994, La ferme de Mortiès Nord ; on y trouve la définition de cette catégorie de céramiques désormais bien reconnaissable.

[5Op. cit. note 10 : C.A.T.H.M.A., 1993.

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