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La population de Notre-Dame-de-Londres

samedi 21 août 2004 , par Smets Josef , 1  Commenter

L’exode rural ! qui ignore le problème du dépeuplement des villages et la lente agonie des campagnes françaises depuis la deuxième guerre mondiale. Les jeunes s’en vont chercher fortune à la ville et, seuls, les vieux restent au pays.
Et pourtant, la campagne n’a-t-elle pas toujours fourni des "bras" à son éternelle rivale, la ville ? Et la preuve en est que les parents ou les grands-parents des familles citadines, dans leur grande majorité, sont de source paysanne. L’attrait de la ville n’explique pas à lui seul la mort des villages. Plusieurs facteurs doivent coïncider.

Afin d’illustrer plus concrètement notre propos, j’ai choisi de vous parler de trois villages du bassin de Londres, autrement dit : Notre Dame de Londres, Rouet et le Mas de Londres. Nous allons tenter ensemble de suivre leurs variations démographiques au cours de plusieurs siècles (et notamment à partir de la deuxième moitié du 17e siècle jusqu’à nos jours) tout en mettant en évidence les facteurs qui ont pu provoquer cette évolution.

Mes recherches m’ayant amené à étudier particulièrement les données démographiques de Notre Dame de Londres, je n’utiliserai les résultats obtenus pour Rouet et le Mas de Londres qu’à titre de comparaison.


En ce qui concerne Notre Dame de Londres, les indications dans les documents à ma disposition deviennent plus précis à partir de 1677. La pauvreté des renseignements concernant la période antérieure, donnent un vague aperçu de la population "londonienne".

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Vers le milieu du 14e siècle, Notre Dame de Londres pouvait compter 300 habitants environ. C’est une période néfaste, déclenchée par la Peste Noire (1348) qui est entrée en France par le port de Marseille. Celle-ci se répand par la suite dans toute l’Europe et sera un terri-ble fléau auquel s’ajouteront les famines et la guerre de cent ans (1338-1453). Pendant plus de 150 ans (jusqu’à la fin du 15e siècle) l’Europe entière dont la France perd au moins 30% de sa population. Certaines régions sont pourtant plus touchées que d’autres.
Le Languedoc, par exemple, voit diminuer le nombre de ses habitants de plus de 40%, voire même 60% à certains endroits.
Notre Dame de Londres ne fut pas épargnée : des 300 habitants approximativement recensés en 1340, il n’en reste plus que 210 en 1385 et 110 en 1442, niveau de dépeuplement probablement jamais atteint antérieurement.

Apparemment, la population "londonienne" ne s’est guère relevée au 16e siècle, car nous comptons encore en 1614 le même nombre d’habitants, soit 110. On peut cependant supposer que Notre Dame de Londres a profité, elle aussi, de l’essor démographique et économique qui caractérise la France de la première moitié du 16e siècle. Une nouvelle perte de population à Notre Dame de Londres coïnciderait avec la période des guerres de religion (1562-1598), qui ont contribué à aggraver la crise économique générale du Royaume français. Quels que soient les rapports entre cette période troublée et le nombre extrêmement bas des "londoniens" en 1614, on s’étonne de voir s’accroître, par la suite, la population de ce village de façon vertigineuse : de 110 en 1614, elle se hisse à 320 personnes en 1677 : elle triple en 60 ans ! Notre Dame de Londres vit à pleins poumons en cette période d’expansion. Mais, ce village n’arrive toujours pas à stabiliser sa population qui fond à nouveau et tombe à 240 en 1697, soit une perte de 25% entre 1677 et 1697. La révocation de l’Edit de Nantes (1685) et les persécutions vis-à-vis des protestants seraient-elles responsables de cette chute ? Rappelons qu’en cette fin de siècle, nombre de protestants du Midi prenaient le long chemin vers les pays du Nord, à savoir la Hollande, l’Allemagne et la Suisse. Malheureusement, les documents font défaut à cet endroit et ne nous permettent pas d’éclairer davantage cette période. L’instabilité des chiffres concernant Rouet et le Mas de Londres dans les mêmes laps de temps, contribuent à confirmer l’image d’une époque pareillement troublée dans ces trois villages.

A partir de 1700, une phase de stabilité socio-économique permet une légère hausse démographique qui durera jusqu’à la Révolution Française (1789). Tout au long de ce siècle tranquille, le chiffre de la population de Notre Dame de Londres oscille entre 250 et 300 personnes.

L’époque révolutionnaire est marquée par une montée en flèche de courte durée du nombre des habitants de Notre Dame de Londres. Si le village comptait 300 habitants à la veille de la Révolution, il héberge en 1792, 450 personnes dont le nombre se réduira un an après, en 1793, à 270 personnes. Le mouvement est identique dans les autres villages : voici les statistiques obtenues pour les années 1762, 1792 et 1796. Rouet 150/250/155 ; Mas de Londres 150/500/268 ; Saint Martin de Londres 800/1100/875 ; Viols le Fort 920/900/722 ; St Bauzille de Putois 1000/1500/1275 ; Ferrières les Verreries 45/160/60.

Partout, on note un même mouvement de croissance rapide, suivi peu d’années plus tard par une décroissance non moins importante. Que cela peut-il signifier ?
Dans les documents consultés, on ne trouve pas de réponse explicite à ce phénomène. De surcroît, en lisant les délibérations communales ou les registres paroissiaux, on s’aperçoit à peine que les gens du village vivent un moment important de l’histoire française. Les arrêtés envoyés par l’assemblée nationale dans tous les coins des provinces sont simplement enregistrés, sans plus. Il ne s’est donc rien passé pendant la Révolution ?
Pourtant, les chiffres sont suggestifs. Première réflexion : il est bien possible qu’ils traduisent une arrivée en masse de "réfugiés" à l’intérieur du pays, et cela pour une courte durée, en attendant que la situation se stabilise dans les villes. Leur disparition un an plus tard ou deux semble justifier cette supposition. Et bien, cette hypothèse, pourtant plausible, s’avère simplement fausse quand on connaît la situation économique du jeune canton de Saint Martin de Londres au moment de la Révolution Française... En effet, ces années-là sont mouvementées, parfois même dramatiques : des conditions climatiques défavorables perturbent l’économie agricole toujours extrêmement fragile dans ce pays, jusqu’à même détruire des récoltes entières. Pour secourir les communes touchées par une de ces multiples crises de subsistances, le Conseil du Département de l’Hérault se renseigne auprès des nouvelles municipalités sur leur nombre d’habitants afin de leur faire parvenir une somme en "Monnaie de cuivre" (pas en assignats !) proportionnelle à la taille des communes.

L’objet même de cette demande a assurément conduit les autorités municipales à gonfler les chiffres, tout simplement pour recevoir un peu plus. A Notre Dame de Londres, on déclarera en mars 1793 que le chiffre de 450 habitants a été avancé par erreur en 1791 (v.A DH L 3245). Le réajustement des chiffres du recensement suivant semble être la preuve d’un tel état d’esprit qui d’ailleurs, n’est pas nouveau ni particulier à cette époque ou à cette région. Comme il n’y aura pas de subventions en perspective, il n’existe plus de raison pour fausser les chiffres.

Le grand siècle pour Notre Dame de Londres paraît avoir été le 19e siècle. La population reste stable jusque vers 1810, elle monte régulièrement jusqu’à 376, en 1831, pour retomber à nouveau à 300, en 1836. Que s’est-il passé entre 1831 et 1836 ? Pour le moment, il m’est impossible de répondre à cette question bien que la baisse entre ces deux dates indique l’intervention d’un événement important dans le village. Cet événement, cette fois-ci, semble être local, puisque rien de semblable n’est indiqué pour Rouet et Mas de Londres. A partir de 1836, Notre Dame de Londres assiste à l’essor démographique probablement le plus important de toute son histoire.
Cette période de peuplement maximal s’étale entre 1840 et 1870, avec une coupure marquée en 1856. Il se pourrait que cette époque de prospérité démographique soit accompagnée d’un essor économique. Cette thèse, elle aussi, reste à vérifier. Entre 1865 et 1880, le village perd plus d’un tiers de ses habitants. Si on comptait 543 personnes en 1865, il n’en restait plus que 331 en 1880. Les contemporains devaient se voir devant une catastrophe. En ce qui concerne Mas de Londres, je note une baisse abrupte entre 1875 et 1880. Pourtant, ce village se trouvait déjà en déclin depuis 1845. Pour ce qui est de Rouet, sa population reste curieusement stable pendant tout le l9e siècle, se maintenant entre 110 et 120 personnes.

Revenons à Notre Dame de Londres, dont le nombre d’habitants se relève à quelque 400 individus, en 1886, niveau qui se maintiendra jusque vers 1921. Les années 30 de notre siècle, marquent finalement le déclin définitif non seulement de Notre Dame de Londres, mais aussi de Rouet, du Mas de Londres, de Viols le Fort, de St Martin de Londres et de St Bauzille de Putois. Dès lors, la population "londonienne" tourne autour de 230/250 ; celle de Mas de Londres tombe de 193 en 1936, à 129 en 1968, et celle de Rouet de 91 à 46. II est vrai, le caractère général de cette dernière évolution dans tous les villages est inquiétant et n’est probablement pas comparable au dépeuplement des périodes antérieures. Mais la simple constatation d’une décroissance démographique d’un village ne suffit pas pour annoncer la fin de ses jours. Bien d’autres facteurs doivent être pris en considération afin de mesurer l’ampleur et la signification de cette dernière crise de dépeuplement.

L’étude historique n’est qu’un aspect de la question. Elle permet uniquement de déceler les facteurs qui ont pu jouer, dans le passé, un rôle important dans l’évolution démographique d’un village ou d’une région, sans pour autant offrir des solutions pour l’époque contemporaine.

Retenons donc l’essentiel du mouvement démographique de Notre Dame de Londres : baisses, hausses et rarement stagnations, tel est le tracé général en dents de scie de sa population à travers les siècles. De plus, ce tracé indique trois périodes particulièrement intéressantes. La première située entre 1680 et 1700, est marquée par une baisse sensible du nombre des "londoniens". La deuxième phase, ou phase révolutionnaire (1789-1796), est caractérisée par un mouvement cu-rieux, et témoignant sans doute d’une époque agitée, comme d’ailleurs dans les autres villages avoisinants. Enfin, la longue période de 1820 à 1880 représente l’essor démographique maximum du village, haché par trois chutes remarquables vers 1835, 1855 et 1870.

Ne nous y trompons pas : à chaque période, une juxtaposition de divers facteurs (songeons à la peste noire, aux guerres de religion, à la Révocation de l’Edit de Nantes, à la Révolution Française et ses séquelles ou, en 1871, à l’apparition du phylloxéra qui détruisit les vignes françaises) entrait en jeu. L’étude minutieuse spécifierait leurs caractères et l’importance à leur épo-que, et apporterait de nouveaux aspects au problème actuel du dépeuplement des villages.

Vous n’avez pas été sans remarquer qu’à plusieurs reprises, dans cet article, je me suis trouvé face à l’impossibilité de pousser plus loin mon analyse dans l’étude historique de cette région et de ne donner que des sup-positions en guise d’interprétation des faits. Et cela faute de documents suffisants.

A cet endroit, je voudrais adresser une requête à toutes les familles qui ont encore en leur possession de vieux documents. Je leur serais très obligé si elles voulaient bien me les confier pour un certain laps de temps afin que je puisse ainsi approfondir mes connaissances historiques sur la région et écrire l’histoire et la vie d’autrefois telle qu’elle était dans le pays. Cela me faciliterait grandement la tâche. Dans ce cas, pourriez-vous me le faire savoir par l’intermédiaire de ce journal et ayez l’assurance que ces documents seront traités avec le maximum de soin et de discrétion.

P.-S.

Article de presse écrit par Josef SMETS - La Garrigue entre la Séranne et le Pic Saint Loup n°44 - Mars 1986

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