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L’habitat ancien de nos villages

dimanche 18 juillet 2004 , par Vareilhes Alain , Commenter

Dans les villages et mas de notre région, l’habitat ancien est partout prescrit. II suscite bien des envies auprès de nos voisins européens. Belges, Anglais ou Allemands qui en apprécient l’esthétique particulière, la solidité et le confort. Ils n’hésitent d’ailleurs pas lorsque l’opportunité leur est offerte, d’acquérir ces demeures, orgueil de notre patrimoine et qui restent la mémoire de notre pays méditerranéen.

L’architecture de ces bâtiments s’accommode fort bien de la proximité d’un bâti moderne et cette cohabitation, bien pensée par nos architectes et urbanistes peut être une intégration réussie. Pour cela, il importe cependant de veiller attentivement à ce que des fautes de goût ne viennent contrarier un ordonnancement harmonieux de l’ensemble. C’est à cela que doivent s’attacher nos élus, nos urbanistes.

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Au Causse, comme dans tous les villages et mas environnants, les vieilles maisons constituent le "centre" du village. Les "villas" modernes, elles, ont été et sont construites dans la périphérie. Par la force des choses, le bâti ancien est souvent directement implanté en bordure de rue. Il arrive parfois que les maisons soient construites légèrement en retrait derrière une clôture protégeant une "courette", les habitations sont souvent mitoyennes. Parfois encore, un mur haut et épais, ou des dépendances prolongent le bâtiment principal jusqu’à la propriété voisine mais quelles que soient les implantations des maisons, par rapport au réseau viaire, il y a continuité évidente des masses édifiées.

  • Les façades : celles donnant sur la rue ou sur la place, présentent le plus grand nombre de "percements" dont le rôle est de permettre la respiration des espaces intérieurs et permettent évidemment l’accès et de laisser pénétrer la lumière et la vue. Les portes et fenêtres de ces maisons sont en réalité les unités "syntactiques" (logiques) de leur style, de leur personnalité. Depuis toujours, elles ont été réalisées dans cet esprit de composition "vernaculaire" (du pays - propre au pays). Ces agencements de façades se réalisent à partir de graphiques régulateurs compensant avec les nombres et les proportions, avec l’esthétique et le style des percements.
    C’est toujours la façade côté rue qui est privilégiée, les autres, latérales ou arrières donnant souvent sur une petite cour. Dans ces bâtisses, les pignons (capials dans l’Aude) sont souvent dépourvue d’ouvertures. Parfois cependant, des œils de bœuf ont de petites ouvertures carrées, disposées géométriquement permettant d’harmoniser l’ensemble.
    Les portes-fenêtres, lorsqu’elles existent, donnent sur ces balcons de faible profondeur (30 ou 40 cm). Elles sont protégées par des garde-corps en fer forgé représentatifs de l’architecture languedocienne. En principe, ces façades sont nues, simples. Les ouvertures sont disposées régulièrement et impriment à la façade un parti symétrique et une ordonnance répétitive. L’importance des ouvertures n’est pas la même selon les niveaux. Au premier étage, souvent, les ouvertures sont rectangulaires avec un rapport largeur/hauteur de 1 pour 2. Au deuxième étage, les dimensions s’amenuisent dans la hauteur. Au dernier niveau, ce sont souvent des trous de forme carrée qui constituent les issues. L’horizontale qui suit le haut de la bâtisse est souvent constituée par la génoise. Parfois encore des lambris remplacent la génoise (nettement moins esthétiques pour l’œil).
    Les chaînages d’angles et les encadrements des portes et fenêtres sont en pierre apparente pour la plupart des maisons. Parfois encore, ils sont recouverts d’enduit comme le reste de la façade. Parfois, la porte d’entrée s’ouvre sous un arc garni d’une imposte. On trouve peu d’encadrements et de linteaux en bois (contrairement à ce que l’on voit souvent dans l’Aude). Dans ces vieilles demeures, pour que les murs soient solides, il faut conserver leur homogénéité dans la construction. La solidité est assurée par une épaisseur importante (de 0,60 à 1 m). Cette construction implique la mise en œuvre d’un principe logique : superposition des parties pleines à des parties pleines et celles des vides à des vides.
    La façade arrière, nous l’avons dit, est la moins privilégiée. Elle peut se diversifier par l’accolement d’une remise, la présence d’une terrasse, d’un jardin.
    Mais revenons sur le détail de la construction.
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  • Les murs : chez nous, ils sont essentiellement construits en pierres calcaires. Elles proviennent souvent des secteurs environnants. Elles ont été prélevées dans les champs proches, dans la garrigue. Il s’agit de murs à double ou à simple épaisseur et dont certains parements étaient destinés à être enduits. Les pierres utilisées sont souvent de forme, de volume et de couleur multiples. Les murs traditionnels portent souvent les traces des remaniements successifs et des murs différents peuvent être superposés ou juxtaposés. Les arêtes n’ont pas toujours été réalisées avec une grande précision, il y a des défauts d’aplomb parfois très importants (voir certaines maisons du Causse, Saint Guilhem, Saint Jean de Buèges). La perméabilité de ces pierres est parfois importante, d’où l’enduit des murs. Il est également vrai que l’on peut voir des murs hétérogènes parce que remaniés ou constitués de pierres très diverses de taille et de nature. Le mur est composé de deux faces de pierres appareillées au mortier de chaux. Le milieu est formé d’un mortier de chaux maigre liant des pierres "tout venant". La logique de construction des murs veut que le mur le plus épais et le plus chargé soit souvent situé le plus bas.
  • Les aoûtements : les voûtes étaient fréquemment utilisées dans la construction des ces bâtisses, notamment pour former le sol du rez de chaussée sur cave et isoler la partie enterrée ou semi-enterrée humide et fraîche des parties habitées en superstructures. Ce sont des ouvrages massifs, lourds, élaborés sur des coffrages et constitués par des pierres non taillées choisies pour leurs formes et placées en position de "claveaux" dans un gâchis de mortier chaulé relativement abondant.
  • Les toitures : le toit est l’élément caractéristique de l’architecture rurale. II est généralement à deux pentes,la toiture a une pente n’existant qu’en appentis. Dans le cas le plus répandu d’une toiture à deux pentes, égales ou presque, le faîtage est toujours placé dans le sens de la plus grande longueur de la bâtisse, la couverture débordant légèrement sur les murs de façade, mais jamais sur le pignon. Les toitures sont recouvertes de tuiles canal. La qualité de ces tuiles canais réside dans "l’inertie" de la couverture et son imperméabilité. La pente est de 33 % environ, les tuiles ne tiennent que par recouvrement (8 à 10 cm) sans crochet ni ergot, ni scellement (sauf faîtage, rives et arêtiers et bien sûr la première rangée). En vieillissant, les tuiles prennent une patine qui est signe de vie. II est plus agréable d’utiliser les vieilles tuiles d’origine qui donnent une vibration de couleur, une souplesse visuelle de formes dues à la cuisson irrégulière et au hasard de la composition de l’argile et à la réalisation artisanale.
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  • Les génoises : elles sont très présentes dans l’architecture de la région. Même si elles ont un aspect décoratif indéniable, elles ne sont pas seulement un élément architectural gratuit. Elle sont placées à la corniche et comprennent autant de rangs de tuiles rondes que la maison à étage. Elles assurent la liaison entre le toit et le mur, évitant la prise du vent qui soulèverait les tuiles, mais leur premier rôle avant tout est de rejeter l’eau de pluie, le plus loin possible des murs. Certains s’amusent à en faire sur le pignon. (ce n’est pas forcément utile et l’aspect décoratif à ce niveau n’est pas évident).
  • Les enduits : la couleur des maisons anciennes est donnée par la patine et également par la nature des matériaux naturels utilisés. Certaines maçonneries étaient destinées à être enduites de manière à protéger les parements contre les eaux de pluies. Cela est nécessaire lorsque la porosité des pierres est supérieure à celle du mortier. L’enduit traditionnel est réalisé à la chaux grasse. L’emploi de cette chaux et bien supérieur à celle du mortier de ciment utilisé dans les restaurations avec abus. II faut éviter les crépis à dessins symétriques. L’enduit le "plus humble" sera celui qui passera le mieux dans le paysage.
  • Les joints : pour les façades en pierres apparentes, il est, là aussi, très important de ne pas "se tromper" dans le matériau et la couleur. De manière générale pour tous types de murs, les joints doivent être traités au mortier de chaux et jamais au ciment. Il est préférable que le joint affleure en extérieur de la maçonnerie. Les joints en retrait existent de nos jours. Ils mettent en valeur la pierre mais leur réalisation peut fragiliser l’étanchéité, le rebord de la pierre pouvant conserver l’eau et humidifier à la longue l’enduit.
  • Les ouvertures : les fenêtres sont toujours rectangulaires, de dimension toujours plus hautes que larges (il faut toujours respecter ce style lorsqu’il y a création de nouvelles ouvertures). Les linteaux et appuis sont en pierre avec peu ou pas de saillies par rapport au nu du mur de façade. Il s’agit de fenêtres à deux ventaux, les vitres sont au nombre de quatre ou six par vantail, également rectangulaires. Les portes d’entrées, à l’origine, étaient toujours en bois plein (de nos jours, les occullus fleurissent à tort). Elles sont constituées d’un vantail en planches jointives, munies d’une plinthe haute en partie basse pour résister à la pluie qui pourrit le bois. Généralement, ces portes étaient larges de 1 mètre pour 2 mètres de hauteur maximum. Elles étaient toujours placées plus bas que la fenêtre voisine.
  • Couleurs : dans l’architecture régionale, la couleur des façades est un élément essentiel qui peut modifier l’impression des volumes, l’ordonnance des façades et qui contribue à accentuer un effet plutôt qu’un autre. Lorsque l’on examine la polychromie de cette architecture rurale, on constate que les couleurs et les valeurs sont celles de la terre et de son environnement immédiat. Cela vient en partie des matériaux qui sont issus du site lui-même. Chaque élément de ces bâtisses anciennes a sa correspondance dans le paysage et il en résulte une relation étroite entre la couleur des terrains, du sol, de la terre et celle de l’habitation. Bien évidemment, le "nec plus ultra" demeure la pierre apparente, mais il est parfois indispensable de la recouvrir pour les raisons évoquées supra. Pour les menuiseries extérieures, la couleur la plus traditionnelle demeure le brun foncé ou bois teinté foncé qui permet de nombreuses variantes. Viennent ensuite les menuiseries avec des teintes classiques grises, vertes, bleues, selon le bon goût (ou le mauvais) de chacun.
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  • Les abords : les aménagements proches se détachant du volume principal sont rare. Ils se limitent le plus souvent à un puits, un escalier extérieur ou à des murs de clôtures, parfois rendus discrets par leur faible hauteur.
  • Les escaliers extérieurs : on utilise la pierre du pays. On utilisera de belles dalles non gélives, soigneusement taillées, sans nez à la contre-marche, plates et rectangulaires si cet escalier est accolé au mur ou borde la façade directement. L’escalier est lui-même bordé d’une rambarde maçonnée surmontée par une large dalle de pierre se constituant sur la terrasse (souvent couverte) à laquelle aboutit l’escalier.

    Voilà exposés, d’une façon non exhaustive, les caractères typique de nos vieilles maisons. Ces descriptions émanent des observations de l’auteur de l’article, ainsi que d’annotations puisées dans un mémoire de fin d’études "paysage et urbanisme" de C. Laï Yen Kang.

P.-S.

Article de presse écrit par Alain VAREILHES- La Garrigue entre la Séranne et le Pic Saint Loup n°94 - Septembre 1998

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